Biodiversité,  Citoyenneté

L’école du dehors

Au fil des années nos élèves, nos enfants passent trois fois moins de temps à jouer dehors que leurs propres parents. Cette sédentarité engendrerait une perte de plus de 25% de leurs capacités cardiovasculaires. Ce temps de confinement, qui a dû apparaître comme une éternité pour nos élèves, a de fait accentué cette sédentarité et nécessairement décuplé tous les effets néfastes qu’elle induit.
Alors même que nous sommes naturellement programmés pour être mobile à l’extérieur, et que nous en sommes tous déficitaires, la question des modalités du retour à l’école se pose.

L’espace de nos classes, tel qu’il est pensé aujourd’hui, va à longueur de journée, à l’encontre de ces besoins naturels. Ne va t-on pas recréer dans ce lieu artificiel, fermé et souvent exigu, les conditions de comportements scolaires inadaptés (irritabilité, ennui, manque de concentration, voire dépression).
Nous pouvons alors logiquement nous interroger si déconfiner nos enfants pour les reconfiner dans cet espace clos n’est-il pas une pure hérésie ?
Ce retour n’est-il pas une occasion de bousculer nos habitudes et de réinvestir nos cours de récréation, nos parcs, nos coin de nature, comme lieu d’apprentissage alliant développement physique, psychique et cognitif ?

Finalement, ne serait-ce pas le moment de se lancer enfin avec nos élèves dans l’école du dehors ?

 

 

Que ce soit auprès de jeunes enfants ou de plus âgés, en France, en Belgique, en Pologne, au Canada ou ailleurs, de plus en plus d’acteurs de l’éducation s’interrogent sur cette pratique pédagogique qui consiste tout simplement à sortir de la salle de classe pour aller découvrir la cour, la ville, le parc voisin, la forêt, … Quitter la classe pour apprendre différemment, pour remettre la nature et l’enfant au centre des apprentissages, c’est tout l’enjeu de cette pédagogie.

L’école du dehors est un sujet souvent et passionnément débattu sur le groupe facebook Profs en transition, et plus encore avec la reprise qui s’annonce. Même en dehors de ce contexte très particulier, à l’heure où le manque de nature et d’activité physique des enfants est de plus en plus décrié, où les écrans sont omniprésents, les apports de cette pratique sont nombreux. Pourtant il reste encore des freins à sa mise en place. A travers les échanges du groupe, de plus en plus de membres franchissent le pas et partagent réflexions, activités et ressources.

Les apports de l’école hors les murs

Les enfants ont besoin de contacts réguliers avec la nature. Or, de manière générale, ils sortent de moins en moins dehors, et plus encore après ces semaines de confinement pendant lesquels certains sont restés enfermés dans des appartements minuscules. Entre les écrans omniprésents, les craintes des adultes qu’ils ne se salissent ou se blessent ; ils passent de plus en plus de temps enfermés dans des pièces closes, où ils restent souvent assis. Cela est non seulement contraire à leur nature, mais également néfaste aux apprentissages.

Sortir en nature permet en effet de développer tous les sens mais également toutes les intelligences, y compris celles qui sont souvent négligées en classe, comme les intelligences kinesthésique (c’est-à-dire l’intelligence du corps et du mouvement) et naturaliste (celle qui permet de classifier, d’observer les éléments naturels). En faisant appel à tous les sens, en permettant des expérimentations y compris spatiales, les espaces extérieurs sont souvent plus riches que les espaces clos. Ils permettent de prendre en compte l’enfant dans sa globalité, c’est-à-dire aussi bien dans son corps que dans son esprit (alors qu’en classe, c’est souvent principalement à l’intellect de l’enfant que l’on s’adresse).

Des sorties régulières en nature permettent d’augmenter les capacités de mémoire, de concentration et d’attention. Avec moins de stimulations simultanées, la nature est également une source d’apaisement pour les enfants. Elles permettent ainsi un meilleur développement des capacités cognitives, tout en proposant des pistes de réflexion pour contrer les effets pervers des écrans auxquels certains enfants sont surexposés. Tous ces bénéfices se répercutent également sur les relations entre pairs et entre élèves et enseignants.

Enfin, le lien à la nature qui se crée lors de ses rencontres régulières avec l’environnement est essentiel. L’enfant qui apprend à s’émerveiller devant la beauté du monde, à le comprendre sera naturellement plus enclin à vouloir le protéger, à vouloir le défendre. Dans la volonté des Profs en transition d’éveiller les consciences des élèves aux défis écologiques qu’ils devront affronter, de les amener à réfléchir à une transition écologique et sociale, cette démarche trouve naturellement toute sa place.

Les membres du groupe qui pratiquent l’école du dehors sont unanimes sur l’intérêt de cette pratique : les enfants sont épanouis, les parents ravis, les relations apaisées et les apprentissages ancrés. Les trois mots qui reviennent le plus souvent dans le groupe à propos de cette pratique sont « que du bonheur ».

Alors pourquoi s’en priver ? Pourquoi tous les enseignants et/ou éducateurs ne franchissent-ils pas le pas ?

Les freins à le lever pour la mise en place de l’école du dehors

La première difficulté citée par les membres de Profs en transition est l’absence de « coin nature» à proximité des établissements. Les écoles construites en zone urbaine sont parfois très isolées de la nature. Or pour organiser des sorties régulières de ce genre, il est nécessaire de pouvoir s’y rendre à pied. Pour répondre à cette difficulté, certains membres du groupe rappellent que l’école hors les murs ne signifie pas nécessairement l’école dans la nature. Elle peut aussi se faire dans la ville ou le village et être riche d’apprentissages. D’autres proposent tout simplement de s’installer dans la cour de récréation pour commencer, et pourquoi pas de participer à son aménagement. Il est également envisageable de créer un jardin, un potager ou un espace partagé à l’extérieur de l’établissement, offrant l’occasion d’œuvrer pour plus d’inclusion de l’école dans la commune, plus de partage et donc pour une transition sociale où la valeur de solidarité est essentielle.

Une autre difficulté évoquée par les Profs en transition est la crainte des intempéries. Que faire si la pluie s’invite à une sortie nature ? Si les enfants ont froid, seront-ils réellement en capacité de tirer profit de la séance en plein air ? Ces questions préoccupent les membres du groupe qui ne souhaitent évidemment pas mettre en péril la santé de leurs élèves. Pour y répondre, les pratiquants de cette pédagogie rétorquent qu’ « il n’y a pas de mauvais temps, seulement des mauvais vêtements ».

Ainsi, avec un bon équipement, la plupart des conditions météorologiques permettent de sortir de la classe. La pluie ou le froid sont même l’occasion de nouvelles découvertes : les escargots seront par exemple beaucoup plus difficiles à observer sous le soleil que sous la pluie. Plutôt que d’annuler une sortie en cas de « mauvais » temps, il est préférable de l’anticiper en permettant que les enfants soient équipés. Pour cela, et afin de soulager certaines familles du coût que cela peut représenter, il peut être envisagé de mettre en place des prêts, des trocs, des dons, voire des achats par la coopérative de l’école ou le budget de la mairie.

La crainte des chutes et des blessures est encore un frein à la mise en place de sorties nature. Cependant, au contraire, la fréquentation d’aire de jeux non sécurisée permet aux enfants d’apprendre à gérer les risques qu’ils prennent. En effet, ils vont s’essayer à sauter, à courir, à grimper de manière progressive et apprendre ainsi à estimer le risque qu’ils prennent. Cela leur enseigne à appréhender leurs propres capacités et limites, développant ainsi une meilleure estime d’eux-mêmes. C’est ce que démontre une étude réalisée sur 5 ans dans un établissement scolaire au Texas et relatée par le blogueur Tim Gill.

Ces deux dernières appréhensions des intempéries et des blessures relèvent peut-être simplement d’un manque de formation des enseignants à cette pédagogie. En effet, les formations institutionnelles sur ce sujet sont encore très peu fréquentes, en France en tout cas. Et cela pose difficulté à nombreux membres du groupe. En Belgique, les Centres Régionaux d’Initiation à l’Environnement proposent quelques formations. Sur internet, on trouve également quelques formations intéressantes, comme celle de Eveil et Nature, par exemple. Pour le reste, c’est aux enseignants et/ou animateurs de se former par eux-mêmes. C’est dans cette optique que les Profs en transition partagent leurs expériences et leurs ressources.

Les pistes pédagogiques pour la mise en place de l’école du dehors

Dans le groupe Profs en transition, les membres qui pratiquent, de manière ponctuelle ou régulière, des sorties nature, des séances hors les murs, partagent leurs expériences. Pêle-mêle des activités proposées, adaptables à tous les âges et à tous les cycles :

  • jeux libres ;
  • chasse au trésor ou chasse aux couleurs (des exemples iciici et ici) ;   
  • construction de cabane ;   
  • parcours de motricité ;   
  • land art ;   
  • observation et distinction du vivant et du non vivant ;
  • classification du vivant ;   
  • observation de la biodiversité locale et comparaison avec un autre lieu ;   
  • numération et calcul avec des manipulations d’éléments naturels ;   
  • théâtre ;   
  • poésie en récitation ou en production ;   
  • fabrication de peintures naturelles (des recettes ici) ;   
  • découverte d’un potager ;   
  • observation et identification des oiseaux (avec une expérience de sciences participatives par exemple) ;   
  • relevé des mesures de grandeurs d’un arbre d’une plante ou de toute autre élément naturel (hauteur, circonférence, projection de l’ombre, etc) et comparaison des mesures entre elles ou d’une sortie à l’autre ;   
  • observation de la saisonnalité et des cycles, en dessinant ou en photographiant le même paysage aux quatre saisons, par exemple ;   
  • réalisation d’un herbier ;
  • ramassage de déchets, avec le projet une poubelle par sortie.

Des animateurs nature peuvent également intervenir lors de ces sorties pour assurer un enseignement plus spécifique sur une notion ou un élément. Pour ce faire, comme pour compléter les pistes d’activités pédagogiques citées, les ressources échangées sur le groupe sont nombreuses.

Des ressources pour se lancer

Pour se lancer, les membres du groupe Profs en transition conseillent de se rapprocher du conservatoire botanique de la région, ainsi que des associations scientifiques. Il existe également le Réseau de la Pédagogie Par la Nature (RPPN) qui promeut les principes et bénéfices de la pédagogie par la nature.

Certains ouvrages peuvent être des sources d’inspiration. A titre d’exemples :

  • « L’école à ciel ouvert » de la Fondation Silviva ;        
  • « Les enfants des bois » de Sarah Wauquiez ;   
  • « Pourquoi et comment sortir en nature avec de jeunes enfants ? » de Sarah Wauquiez ;   
  • « Passeur de nature » de Émilie Lagoeyte et Cindy Chappelle-Titwane ;   
  • « L’enfant dans la nature. Pour une révolution verte de l’éducation. » de Moïna Fauchier-Delavigne et Matthieu Chéreau. 

Sur internet, il est également possible de trouver des ressources utiles :

Pour aller un peu plus loin, l’émission “Etre et Savoir” sur France Culture a été consacrée à ce sujet en octobre 2019.

Une vidéo pour finir de vous convaincre et de vous aider à franchir le pas :

Fort.e.s de ces ressources, de nombreux Profs en transition se lancent et sortent avec leurs classes, une fois par jour, par semaine, par mois ou par période. Etes-vous prêt.e.s à les rejoindre ?

N’hésitez pas à venir poser vos questions sur le groupe Profs en transition.

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4 commentaires

  • Callec

    Bonjour
    Article fort interessant

    Connaissez vous le réseau CPN Connaître et Protéger la Nature qui propose de nombreux outils pédagogiques et la possibilité de créer un club nature

    https://www.fcpn.org/

    Cpnement
    Arnaud Callec
    Administrateur

    • profsentransition

      Bonjour Arnaud, merci pour votre initiative. Je vous invite à nous contacter via notre page de contact que nous puissions définir ensemble nos synergies !

  • Jérémy Z

    Je suis parfaitement convaincu des bienfaits de l’école dehors. J’ai la chance d’être dans une école de banlieue avec de grands espaces verts à l’intérieur et autour, cela permet de faire des sorties même si ce n’est pas comme si on allait dans une vraie forêt… Malheureusement, bien les budgets de l’Education Nationale pour les classes vertes ont considérablement fondus et avec l’insistance sur le numérique qui s’accentue, ils vont encore diminuer à mon avis. Les sorties dans le 1er degré reposent avant tout sur les budgets locaux et les parents, autrement dit c’est très largement inégalitaire.

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