Alimentation et Permaculture,  Citoyenneté et Solidarités,  Education aux médias

Le chocolat, un objet commercial et pédagogique

« Neuf personnes sur dix aiment le chocolat, la dixième ment ».

 Cette formule attribuée à l’illustrateur de BD américain John Tullius, consacre l’enthousiasme historique et mondial pour ce produit, rarement démenti depuis le début de sa commercialisation sous ses différentes formes.

 Noir, blanc, au lait, fourré, en poudre, chaud, glacé, nappé, frappé, en éclats, en pépites ; parfum de glace, à l’orange, en barre, en tablette, en truffe, en sirop, en confiserie et dans les biscuits et les céréales ; dans les yaourts, mousses et autres laitages, en pâte à tartiner, en pâtisserie et dans les viennoiseries, le chocolat-beurre de cacao est partout et ça donne le tournis !

 Sa saveur savamment élaborée et « généreusement » diffusée par l’industrie du secteur, dans sa formule la plus basique à celle la plus sophistiquée nous laisse peu de chances d’échapper à son emprise dans notre alimentation quotidienne. Le chocolat accompagne aussi la plupart de nos célébrations et moments de vie les plus intimes et fondateurs : anniversaires, mariages, baptêmes, repas en famille ou entre ami.e.s, kermesses, fêtes religieuses mais encore comme compagnon de nos chagrins de cœur ou comme gage de notre amour auprès de l’être aimé (ne lui prête-t-on pas des vertus antidépressives ou encore aphrodisiaques ?).

 Face à ce tourbillon dans lequel nous nous laissons parfois emporter, entretenu par des techniques de vente marketing qui savent parler à notre cerveau droit ; il est nécessaire de prendre du recul, de plonger dans la genèse mouvementée de cet aliment particulier, lever le voile sur l’autre côté du décor, pour comprendre comment et pourquoi ce produit est devenu emblématique sinon symptomatique de notre rapport à notre environnement et parfois même à notre corps.

 Derrière le commerce du chocolat se cache « une fève », et pour le dire simplement, si le chocolat est réputé nous faire du bien, le commerce du cacao est quant à lui à l’origine d’un désastre écologique, occasionnant une déforestation de masse qui accentue le dérèglement climatique et une perte de biodiversité irréversible. Le verdict est sans appel aussi quant aux conséquences humaines : travail et déscolarisation de centaines de milliers d’enfants, recours au travail illégal généralisé et des centaines de milliers de petits producteurs mal rémunérés. Tel que c’est cultivé aujourd’hui, « la fève accélère la fièvre ». De manière générale, le modèle actuel de l’industrie du chocolat est loin de faire du bien à la terre, aux hommes, aux femmes et aux enfants qui en cultivent la matière première loin de nos contrées, sous un soleil de plomb, dans des conditions déplorables et à l’abri de tout soupçon.

 Informer, sensibiliser et amener nos élèves à réfléchir et réfléchir avec eux aux conséquences de nos gestes de consommation, leur apprendre à connaître également les mécanismes à l’œuvre dans leurs futures « décisions » d’achats, rationaliser ces dernières et les “désubjectiver”, en prenant comme objet pédagogique central un produit phare de notre quotidien inscrit au cœur de nos rites sociaux. Tel est l’enjeu de cet article.

Chocolat, un peu d’histoire

 Le terme chocolat proviendrait du mot xocoatl, emprunté à la langue nahuatl, contraction de xocolli signifiant « amer » et « atl » signifiant « eau ». 

 A l’origine donc, la fève de cacao servait de monnaie et était utilisée pour produire une boisson. L’histoire du chocolat remonte à la nuit des temps, ou plus exactement au 9ème siècle av. J.-C. au temps de la civilisation toltèque dans l’actuel Mexique, d’après le Popol Vuh, sorte de bible maya rédigée aux premières heures de la conquête espagnole au milieu du 16ème siècle, avec l’intention supposée d’en préserver les traditions orales et pictographiques. Le livre relate une des légendes transmises jusque-là, celle qui fait mention de la consommation d’une boisson à base de fèves de cacao intimement liée à la sphère des dieux.

La légende conte le mythe de Quetzalcoatl, divinité barbue à tête de serpent à plumes qui aurait offert un précieux présent à son peuple : le cacaoyer. Régnant en paix avant de se faire déchoir, il promit à ses fidèles de revenir chargé de trésors.

Quelques siècles plus tard, en 1519, les aztèques voient en effet débarquer par la mer des hommes étranges, parés de tous les attributs de leur dieu disparu : barbes, cuirasses à écailles, chapeaux à plumes. Pour eux, c’est la prophétie qui se réalise, Quetzalcoatl a tenu sa promesse, il est enfin de retour. Hernan Cortès le conquistador à la tête de l’expédition est accueilli à bras ouverts. Un autre volet de l’Histoire commence.

 L’archéologie quant à elle vient étayer la consommation du chocolat sous sa forme liquide au temps des premières civilisations précolombiennes, elle situe cette apparition quelques siècles avant la légende supposée, soit entre 1100 et 1400 av. J.-C.

On peut retrouver les détails du conte Maya ici. Et pour plus d’informations sur l’histoire du chocolat ici.

Pour les maternelles et cycle1, on peut utiliser le livre suivant de la collection « Mes ptits docs ».  A partir du cycle 2 (6 – 8 ans ) peut-être visualisée l’émission « C’est pas sorcier » consacrée au thème. 

La fiche ci-dessous du musée du chocolat à Paris peut également être exploitée : lien ici.

Également, le podcast de France Inter « Sur les épaules de Darwin » est consacré au sujet.

Au cœur d’une mondialisation dont les germes sont déjà à l’œuvre

 

A l’instar d’autres espèces inconnues jusque-là du monde médiéval, l’expansion au reste du monde de la consommation de ces nouveaux aliments exotiques – dont le cacao fait partie – n’allait pas tarder, en conséquence de la découverte du nouveau continent. En effet, il n’y a pas que l’ananas, l’avocat, le quinoa, le maïs ou encore les arachides que européens, africains et asiatiques consomment depuis seulement moins de 5 siècles ; nous oublions ou parfois savons très peu que tomates, pommes de terre, cucurbitacées, haricots verts et poivrons, des aliments bien plus « ordinaires » auxquels nous n’attribuons plus aucun exotisme en particulier, n’avaient jamais été consommés auparavant dans d’autres assiettes que celles des amérindiens ! Il serait intéressant d’ailleurs de retracer en classe l’origine des aliments et objets de consommation primaires de notre quotidien et retracer les routes maritimes des grandes expéditions du moyen-âge le plus souvent motivées par des impératifs commerciaux. Cette ressource peut être utilisée à cet effet, lien ici.

Pour beaucoup de variétés, la consommation est longtemps restée limitée aux cours royales et à la bourgeoisie européenne notamment. Il fallut attendre quelques décennies voire quelques siècles – souvent jusqu’à l’époque industrielle – avant que des cultures plus massives ne se diffusent suite à la démocratisation de la demande de consommation – les prémisses d’un progrès technologique et social mais également celui des dérives actuelles – et au développement de pratiques et processus de fabrication innovants pour l’époque (apparition et diversification des moules, technique de travail de la pâte de cacao par ex.). Les progrès dans le domaine agricole avec à la clé des techniques agronomiques plus avancées comme la pollinisation artificielle pour la vanille ont également été favorables à cet essor. Les vagues de colonisation européennes dans les Antilles ou sur le continent africain permettent enfin d’étendre substantiellement les réservoirs de terres destinées à l’agriculture, le cacao et la plupart des variétés exotiques ne poussant pas sous nos latitudes, et aussi d’accéder à des territoires plus propices à ces mêmes cultures et fournissant par la même occasion une « main d’œuvre » facile.  

Aborder le commerce du cacao sous différents angles pédagogiques

Le chocolat est un produit du commerce extrêmement vanté et convoité. Il est associé à l’art culinaire et aux plaisirs des papilles. Abordé en classe, il devient un véritable support pédagogique qui permet d’adresser des apprentissages concrets.

  • En SVT seront étudiés la diversité et de fonctionnement du vivant (à partir du cycle 3 en France), de connaissance des milieux naturels et de leur peuplement, des changements induits par l’homme dans ces mêmes milieux ainsi que des pratiques au service de l’alimentation humaine (collège).
  • En Histoire sera étudié le contexte de découverte des Amériques et la triste naissance de l’esclavage moderne (à partir du cycle 3).
  • En éducation aux médias et à l’information, l’objectif est d’utiliser avec discernement les médias et la somme d’information diffusées auprès du grand public autour du commerce du cacao, s’en saisir de manière critique et créative, en prenant un objet économique et commercial comme support, faisant un lien tangible avec l’enseignement des sciences économiques et éducation à l’environnement.
  • En éducation à l’alimentation, seront abordées des notions liées aux valeurs nutritives, équilibre nutritionnel et prévention santé.

 Adresser les enjeux en SVT et les interdépendances biologiques

C’est l’occasion d’évoquer l’endémisme du cacao, la classification des forêts (pour faire le lien avec des connaissances vues en géographie) dont les forêts pluviales où poussent les cacaoyers, les mécanismes à l’œuvre dans l’équilibre des biotopes et de la biodiversité, la difficulté de réadaptation et d’acculturation forcée d’espèces endémiques de zones géographiques précises à d’autres milieux offrant des conditions de croissance moins propices, les liens de coopération et d’interactions biologiques entre espèces dans un écosystème bien installé, et les ressources notamment énergétiques considérables – avec la pollution que l’on connaît – dont on use de nos jours l’agriculture intensive pour recréer artificiellement ces mêmes conditions. On pense aux serres chauffées par ex. qui défigurent complètement certains paysages d’Europe, qui ne concernent plus seulement la culture de plantes exotiques mais qui se sont développées à des fins de production annuelle en s’affranchissant des conditions météorologiques et climatiques. A contrario, les qualités extraordinaires d’adaptation du vivant peuvent venir contrebalancer le propos précédent. Le tout étant affaire d’équilibre et de moindre interventionnisme.

Pour le cacao en particulier, si celui-ci n’est pas encore concerné par la culture sous serre, la baisse de production mondiale accélérée par le réchauffement climatique commence à changer la donne. Certains projets commencent ainsi à se développer notamment à Nantes et à Malaga (article en Anglais), . Cela pose question quant aux impacts écologiques habituels tels que l’utilisation d’énergies fossiles mais également celles liées à l’impact sur la biodiversité (quid de la pollinisation, aujourd’hui spécialisée chez des insectes endémiques des régions où poussent naturellement le cacao). En classe, on pourra questionner si ces initiatives sont des alternatives durables.

Quelques expériences tout au long de l’année peuvent être proposées aux élèves en classe pour appréhender certaines des notions évoquées précédemment, par ex. :

  • Comprendre ce qu’est une serre en construisant un terrarium, un DIY ici.  
  • Y planter et y observer tout au long de l’année la croissance de plantes adaptées aux milieux humides et tempérés comme des plantes de sous-bois : fougères, mousses, plantes grasses et champignons. Tenter différentes combinaisons dans des terrariums différents et hors terrarium, par ex. microsystème prélevé en forêt versus plantes isolées, et observer l’impact sur la croissance et l’équilibre global de chaque écosystème ainsi créé.
  • Comprendre les principes d’une culture sous serre et faire l’étude comparative sous serre/hors serre (utiliser des semis potagers par ex. de radis, tomates, etc., tenter l’expérience à différentes périodes de l’année pour comprendre l’impact des facteurs de saisonnalité). Que peut-on observer au niveau de la croissance des mêmes semis soumis à des conditions de culture différentes : sous serre, hors serre, en saison ou hors saison ? Que peut-on déduire de la croissance de plantes en un milieu tempéré ? Que doit-on fournir artificiellement comme conditions de bonne croissance lorsque celles-ci ne sont pas apportées par l’environnement naturel ? (Chaleur = chauffage, soleil = éclairage, eau et humidité = arrosage et utilisation d’humidificateur, risque de gel et autres agressions extérieures = matière isolante et filtrante). Ces observations permettront d’appréhender les conséquences écologiques de ces modes d’exploitation : le chauffage et l’éclairage engendrent la surconsommation d’énergie, l’arrosage intempestif assèche les nappes phréatiques, la densification nécessaire pour optimiser la surface à cultiver et donc à isoler engendre une surconsommation de pesticides pour empêcher l’apparition de maladies, etc.

Comprendre le lien entre la naissance du commerce du cacao et les nouvelles formes d’esclavage modernes dans les plantations au-travers du prisme de l’histoire

L’Histoire entre Nord et Sud fut forgée sous l’égide d’un rapport de domination dont les prémisses remontent à la renaissance du vieux continent, à l’aune de la découverte du monde nouveau. L’« héritage » de cette domination persiste encore et continue d’infuser ses séquelles dans les relations commerciales, diplomatiques et géopolitiques contemporaines, entre anciens colonisateurs et anciens colonisés. Cette période charnière est le révélateur des processus qui sous-tendent les fondements sur lesquelles les différentes vagues de colonisations qui s’ensuivirent furent bâties : la course à l’accès aux ressources, au détriment le plus souvent du droit et du bien-être des peuples ainsi que de la préservation des habitats et des milieux naturels. Tout ceci est à mettre bien évidemment en perspective dans le cadre d’un travail objectif et dépassionné (tout en restant passionnant !).

En Europe, le chocolat considéré dans la légende précolombienne comme l’apanage d’une élite, fut scrupuleusement sélectionné pour ses plaisirs gastronomiques et prétendus vertus médicinales transposés à une autre élite dirigeante, celle de l’aristocratie et du clergé. Pour en neutraliser le goût amer, les préparations sont édulcorées en ajoutant du sucre de canne ou du miel. Pour répondre à la forte demande, de plus en plus de nouvelles cultures s’installent sur les territoires américains nouvellement conquis, employant de plus en plus de mésoaméricains réduits en esclaves avant d’être remplacés progressivement par une « main d’œuvre » africaine ramenée à grands renforts de navires négriers. Les cultures s’étendent par la suite aux territoires africains, au plus près de la « main d’œuvre » disponible. On pourrait penser que l’abolition de l’esclavage moderne a pu profiter aux nouveaux « affranchis » devenus petits propriétaires des anciennes exploitations coloniales désormais nationalisées, mais ceci est bien entendu encore une autre Histoire qui commence, ou plutôt qui recommence, comme ce sera évoqué par la suite.

Le court documentaire dont voici le lien peut être visualisé en classe pour appuyer des enseignements en cours d’histoire. L’enseignant.e pourra demander aux élèves de repérer les dates et époques clés en lien avec les enseignements du cycle, en associant les différentes étapes traduisant l’essor du commerce du cacao à des périodes et événements clés cités dans le documentaire :

  • Étude des civilisations précolombiennes citées dans le documentaire.
  • Découverte des Amériques, début du colonialisme européen et apogée de la Reconquista.
  • Identification des mécanismes fondant les relations et interactions entre les monarchies européennes au gré de la propagation de l’enthousiasme espagnol pour le chocolat, qui voyage de cour en cour suivant les alliances royales et les mariages princiers.
  • Montée des empires, nationalismes et grandes révolutions notamment la révolution française, ainsi que les grands mouvements émancipateurs pour les droits de l’homme qui s’en suivirent. C’est l’occasion notamment de relire en classe la Déclaration universelle des droits de l’homme, et de la contextualiser à la réalité d’aujourd’hui.
  • L’essor de la révolution industrielle, ses progrès technologiques mais également l’industrialisation par la même occasion du secteur alimentaire.
  • La seconde expansion coloniale.
  • L’étude de l’esclavage médiéval, esclavage moderne et son abolition progressif dans les territoires contrôlés par les Européens, en lien avec les mouvements de décolonisation.

 En cours de philosophie, la découverte des Amériques et les débats qui s’en suivirent au sein de l’Église d’Espagne sont l’occasion d’aborder cette période et ses questionnements existentialistes, spirituels, moraux, théologiques et philosophiques et de comprendre les représentations dominantes du monde, de la nature et de l’individu par rapport aux questions contemporaines. Cette période a été entre autres caractérisée par des bouleversements dans les rapports humains entre dominants et dominés. Les rites sacrificiels pratiqués par les peuples mésoaméricains et le regard que les occidentaux leurs portaient, l’esclavage pratiqué par les amérindiens versus l’esclavage massif initié par l’Encomienda ont été au cœur de débats philosophiques propres à la période, à ses visions et à ses postulats quant à la nature humaine.

La conversion à la religion chrétienne sous la contrainte ou l’asservissement des amérindiens au travail forcé notamment dans les cultures de cacao a suscité en effet nombre de débats au royaume de Charles Quint, qui furent à l’origine d’attitudes et d’actes qui ont occasionné de grands mouvements migratoires, de peuplement et dépeuplement de vastes territoires et ont contribué à façonner l’Amérique moderne que l’on connaît aujourd’hui. En classe, la controverse de Valladolid peut servir de ressource en appui. Le débat politique et théologique, organisé par Charles Quint et ayant opposé Las Casas et Sepulveda quant au bien-fondé de la conquête des Amériques et de l’asservissement des amérindiens par les espagnols, peut servir de ressource (dépendamment de l’accent mis sur l’un ou l’autre des trois volets), à la fois :

  • En cours d’Histoire, pour comprendre comment la conclusion ambiguë du légat du pape ouvre la porte à la future traite des noirs.
  • En cours de Philosophie, avec pour thème la définition de l’humanité, la domination de l’homme par l’homme.
  • En cours de littérature par l’analyse du texte, de sa structure et des arguments pros et anti présentés.

Cette séquence permettra in fine de prendre conscience de la distance historique séparant les deux époques, de mesurer le chemin et évolution parcourus, de confronter les arguments entre thèse humaniste et pensée esclavagiste défendus par les deux protagonistes et de forger l’esprit critique de l’élève. Les liens suivants proposent du contenu ainsi qu’une construction méthodologique pour aborder le sujet : ici et ici.

Enfin, il peut être intéressant en classe d’aborder une autre controverse qui porte sur cette curiosité exotique rapportée d’outre-Atlantique qui pose une question éminemment casuistique à l’Eglise de l’époque. Défenseurs et détracteurs se sont en effet opposés quant au caractère supposément subversif, concupiscent et immoral de cette nouvelle boisson chocolatée. Il serait intéressant en classe de mettre en évidence le lien entre cette controverse et la place que le chocolat a laissé dans l’imaginaire collectif (qui associe plaisir, luxe et sensualité voire une forme d’interdit à l’objet commercial) , imaginaire constamment sollicité par le marketing sensoriel employé par l’industrie du secteur pour accroître sa pression sur cet objet publicitaire. La section qui suit traite justement du volet Éducation aux médias. Quelques éléments ici et et permettront de préparer et d’enrichir cette séquence.

Cet imaginaire peut de même être abordé au même plan en cours d’Arts plastiques. L’étude d’œuvres d’art en classe (natures morte et scènes de genre essentiellement) permettra de valider les attributs associés dans la peinture occidentale au chocolat dont quelque uns ont été évoqués jusque-là et qui seront approfondis en Éducation aux médias : érotisme, sensualité, exotisme, etc.

Quelques œuvres sont citées sur ce lien, leur analyse descriptive peut être complétée notamment pour faire apparaître la relation avec les affiches publicitaires modernes via des études comparatives, et un travail en lien avec les enseignements en histoire peut être envisagé.  En histoire il s’agit d’exploiter les éléments graphiques de l’œuvre pour reconnaitre les époques historiques associées (style vestimentaire, mobilier, architecture, etc.). Un travail plus spécifique en histoire de l’art pourra mettre en évidence le lien entre l’œuvre et son contexte idéologique, spirituel, culturel et anthropologique. Les mouvements artistiques contemporains ayant érigé le chocolat au rang d’œuvre d’art dans nos sociétés modernes seront questionnés et mettront en évidence la place médiatique que cet objet particulier y occupe.

Éduquer aux médias

Ou comprendre les enjeux économiques, mais également sociétaux et environnementaux parfois éclipsés derrière l’image ou le slogan.

Un peu de sciences économiques d’abord

Ces quelques chiffres clés permettent de poser un cadre de réflexion, l’enseignant.e aura demandé aux élèves de faire un travail de documentation au préalable : internet, encyclopédies, articles de presse etc. en posant quelques axes de recherche. L’enseignant.e aura introduit le sujet avec quelques séquences choisies (voir les quelques références citées en introduction).

Pays producteurs :

  • Plus gros pays producteur : Côte d’Ivoire avec plus de 40% de la production mondiale, qui contribuent à hauteur de 10% du PIB du pays et assurent des revenus à plus de 6 millions de personnes sur 16 millions d’habitants.
  • Parmi les pays producteurs, le classement par pays suivant les volumes de terres agricoles consacrées aux cultures de cacao. On peut citer l’Équateur par ex. en tête de liste du plus gros volume consacré avec 34% de la superficie totale du pays.

Les chiffres de la production et de la consommation mondiale :

  • Poids moyen de la consommation annuelle par habitant en France et dans d’autres pays européens, prix moyen au kg, revenu moyen pour les producteurs de cacao dans les différentes régions du monde.
  • Volume de production mondiale, des chiffres complets ici.
  • Volume de consommation mondiale, des chiffres complets ici.
  • Partage de parts du marché de l’industrie du chocolat entre grandes marques et artisans, chiffres ici. 
  • Flux d’échange entre pays producteurs et consommateurs, chiffres ici.
  • Les chiffres de ventes, notamment aux périodes des fêtes, sont fournis ici.

Les cartes géographiques seront privilégiées car elles sont visuelles et donnent beaucoup d’indications. Avec suffisamment d’éléments recueillis, une séquence de questionnement peut être menée :

–  Demander aux élèves de commenter leurs résultats de recherche.

–  D’autres constats peuvent être relevés et débattus :

  •  L’écart entre prix de vente dans les pays consommateurs et revenus moyens générés pour les producteurs est-il justifié ?  Un lien peut être fait avec les séquences présentées en cours d’Histoire notamment sur les relations Nord-Sud et les inégalités dans la répartition des richesses. Il est possible d’aborder les bases du modèle capitaliste et notamment le fonctionnement de la cotation en bourse, la dépendance des producteurs vis-à-vis du cours du cacao et des revenus concédés par les grandes marques. On peut questionner la notion de juste rémunération à laquelle on peut prétendre légitimement par son travail, mettre en évidence les inégalités en partant des postulats hypothétiques des enfants en réponse aux questions précédentes.
  •  Dans les pays producteurs, il n’y a quasiment pas de consommation de produits transformés à base de cacao, particulièrement le chocolat. On peut partir du petit déjeuner type d’un pays producteur versus un pays consommateur et constater par ex. qu’en France, celui-ci contient beaucoup de cacao et dérivés. Pourquoi les pays producteurs ne consomment pratiquement pas de chocolat ? Pourquoi le chocolat est-il consommé à l’écrasante majorité dans les pays occidentaux ? On peut encore refaire le lien avec la partie Historique évoquée précédemment dans l’article notamment la colonisation, le modèle capitaliste, l’assimilation du chocolat à un produit de luxe avec tout le marketing qui construit une identité publicitaire à part.

Le lien ci-après de réseau Canopé permet d’approfondir la plupart de ces notions ainsi que bien d’autres : ici. 

On peut également exploiter les séquences 1 à 3 du document extrêmement bien structuré qui est ici.

 Les visuels ci-dessous issus du rapport de l’ONG Mighty Earth intitulé “La déforestation amère du chocolat” datant de 2016 pourront être discutés et commentés en classe (comme par ex. la perte de couverture forestière considérable en 15 ans en Côte d’Ivoire ou le montant des revenus inférieurs à 7% que le commerce du cacao rapporte seulement aux producteurs locaux) :

L’objectif recherché par ce déroulé vis-à-vis des élèves sera de leur faire comprendre la provenance des matières premières, les filières et acteurs impliquées aux différentes étapes : production, transport, transformation, distribution ; faire le lien entre producteur et consommateur et commencer à identifier les déséquilibres sous-jacents.

Impacts sociétaux et environnementaux vus par le prisme de l’éducation aux médias :

Les liens ci-dessous permettront à l’enseignant.e de se documenter lui-même et disposer de ressources permettant de structurer les séquences en classe. Ces documents abordent les impacts suivants de la filière du cacao qui seront mis en évidence au fur et à mesure :

  • Utilisation de pesticides et impacts sur la santé notamment des ouvriers et la pollution de l’eau et des sols.
  • Recours au travail – illégal – des enfants.
  • Déforestation de masse due aux modes de culture et perte irrémédiable de couvert végétal et de biodiversité animale.
  • Implantation de la culture de cacao au détriment de parcs nationaux réputés protégés.
  • Faibles revenus des ouvriers et producteurs.
  • Grande dépendance économique des pays producteurs, à mettre en balance de la fragilité des systèmes de contrôles et systèmes législatifs des Etats concernés quant au respect de dispositifs légaux de protection (des aires biologiques classées, du droit des enfants, de celui des travailleurs, etc.).

La séquence pédagogique partant de l’objet publicitaire (spots, affiches, etc.) et objet économique (le cacao produit sous les tropiques et transporté sous nos latitudes avant d’être transformé) avec son empreinte sociale et son coût environnemental associés doit naturellement aboutir à la mise en évidence de la dissonance perceptive entre la réalité des deux objets.

Liens utiles : ici, ici et ici.

Une fois les notions essentielles introduites, des séquences peuvent être présentées en classe pour comparer la réalité économique à celle présentée dans les médias.

Éducation aux médias, le poids des mots 

Séquences possibles à partir du cycle 3 :

Demander aux élèves de sélectionner quelques slogans publicitaires des marques qu’ils connaissent. En voici une sélection ci-dessous (ce site internet répertorie la plupart des slogans) :  

  •  « De l’amour pour grandir chaque jour » Kinder
  • « Inventé pour les enfants » Kinder
  • « Le goût du bonheur » Poulain
  • « Nutella votre complice au quotidien » Nutella
  • « Chaque jour c’est du bonheur à tartiner » Nutella
  • « De la tendresse à l’intérieur » Milka
  • « Le vrai pouvoir du chocolat » Côte d’or
  • « Qui peut dominer une méchante envie de Côte d’Or » 
  • « Peut-on fêter Noël sans Ferrero Rocher »
  • « Croquer dans le vrai » Poulain

Cette vidéo peut également être montrée en cours d’anglais pour en étudier le vocabulaire spécifique (on y retrouve également les éléments historiques précédemment mentionnés au début de l’article) :  lien ici.

Demander ensuite aux élèves d’analyser les contenus sélectionnés, ils pourront remarquer :

  • Une incitation à une consommation quotidienne et sans modération en contradiction avec les recommandations habituelles d’équilibre alimentaire.
  • L’attribution de qualités subjectives aux produits en association avec des termes « valise » : bonheur, tendresse, amour, pouvoir, vrai, etc.
  • L’absence ou quasi absence d’information sur les qualités intrinsèques du produit n’est donnée.

Les élèves pourront établir le lien entre culture populaire, imaginaire accentué par les spots publicitaires et les arguments historiques ou liés à la légende (comme vu au début de l’article) : pouvoir, caractère divin, sensualité, etc.

Comme travail de réappropriation critique, l’enseignant.e pourra proposer aux élèves les exercices suivants :

  • Observer le produit, se pencher sur la description du goût, lire l’emballage et en comprendre la composition, identifier les apports nutritionnels, etc. à mettre en perspective de cours éventuellement vus précédemment (indice glycémique des aliments, besoins nutritionnels moyens par catégorie d’âge, etc.).
  • Réécrire des slogans qui leurs paraissent plus appropriés, plus justes, plus factuels et objectifs. Il n’est pas interdit de solliciter de nouveau l’imaginaire, mais cette fois-ci les échanges et comparatifs entre les propositions de chacun permettront de démontrer que les attributs dans ce cas feront moins consensus et seront plus subjectifs que des arguments plus factuels et tangibles. Un produit phare du quotidien peut être pris pour exemple pour illustrer. 

L’objectif recherché par ce déroulé est de faire prendre conscience des ressorts publicitaires et d’apprécier factuellement l’objectivité ou la subjectivité des informations données sur le produit. Il s’agit moins de combattre la subjectivité que de montrer son existence et de mettre en évidence la surenchère le plus souvent employée par les acteurs du marketing.

Éducation aux médias, le poids des images

Séquences complètes possibles avec des collégiens/lycéens, éventuellement primaires en sélectionnant quelques passages adaptés.

A partir de la fin du cycle1/début de collège, on peut aborder certains thèmes de façon un peu plus adaptée. La pub « Y a bon Banania » est un cas d’école. C’est un exemple qui permet d’explorer sous un autre angle le lien entre colonialisme et avènement de l’industrie du chocolat. Ce document peut être proposé pour lecture, analyse et échange en classe. On peut aller plus loin et compléter par le visionnage de la vidéo ci-dessous qui aborde l’enrôlement de soldats sénégalais dans l’armée française : lien vers la vidéo ici

Le visionnage de documentaires ou d’enquêtes journalistiques et la lecture d’articles d’investigation permettra d’aborder de manière plus complète et directe les impacts de l’industrie du chocolat cités précédemment. On peut commencer la séquence par le visionnage de spots publicitaires avant de montrer des documentaires par exemple, toujours dans l’objectif de mettre en évidence les mêmes dissonances entre le chocolat en tant qu’objet économique et objet publicitaire.

Quelques pubs célèbres qui peuvent servir de support : ici, ici, ici et ici

Cette chanson des Enfantastiques vantant les mérites du chocolat montre aussi la puissance dans l’imaginaire populaire : lien ici.

Avec les élèves, il s’agira après avoir visualisé les extraits vidéos de décortiquer le langage utilisé. Identifier les termes communs employés et les émotions ou comportements sollicités : Magie, enfance, bonheur, famille, joie, plaisir, innocence, satisfaction, etc.

Les élèves sont-ils d’accord avec ces affirmations attribuées au produit plébiscité ?

Une séquence sur les émotions peut également être introduite (cf. l’article émotions Profs en Transition pour aller plus loin) : Qu’est-ce que les émotions ? Quel est leur rôle en tant que déclencheur d’action : par ex. la joie déclenche l’envie de partager aux autres et de s’intégrer à un groupe, le plaisir déclenche l’envie de prolonger et de reproduire la même situation, etc.

Qu’est-ce que la publicité ? Quel est son rôle dans le déclenchement d’émotions ayant pour vocation de désirer un produit (ici alimentaire) et déclencher un acte de consommation ? Les qualités attribuées sont-elles justifiées et vérifiables ? Qu’attendons-nous de connaître d’un produit avant l’acte d’achat/consommation ? Les qualités nutritionnelles, l’effet sur la santé, la conformité à des normes reconnues, le prix (juste), le niveau de satisfaction chez d’autres consommateurs via des enquêtes suivant des critères transparents, etc ? Toutes ces données objectives sont-elles clairement énoncées dans les spots publicitaires visualisés ? Quel est la part d’objectivité (faits vérifiables) de la part de subjectivité (qualités auto-attribuées mais non démontrables) ?

 A la clé, les élèves devront avoir une meilleure notion de ce qu’est la publicité, ses ressorts et ses codes, à savoir se distinguer par rapport à la concurrence, et par la même occasion mettre le doigt sur certaines de ses dérives, à savoir faire appel à l’imaginaire à outrance en oubliant les qualités intrinsèques que doit posséder le produit mis en valeur, l’abus de stéréotypes et de croyances, viser à satisfaire des besoins promus comme étant plus « nobles », plus proches de nous, qui nous distinguent aussi par notre adhésion aux “valeurs” du produit, et qui finalement nous « dupent ».

 Au moment des fêtes notamment à Pâques, la St Valentin et les fêtes de fin d’année, il sera aisé de faire un travail d’appréciation de la pression publicitaire par le comptage du nombre quotidien de prospectus/spams reçus, affiches aperçues et spots publicitaires entendus à la radio ou vus à la télé. La comparaison avec les autres périodes de l’année devrait montrer des écarts significatifs et une pression largement accrue, dont la perception par les élèves peut être discutée en classe.

On peut présenter la séquence suivante soit seule soit en association avec la séquence précédente. Il s’agit de visualiser l’un des documentaires qui montrent sur le terrain et sans détour les impacts environnementaux et sociétaux imputables au commerce du cacao :

Sur le travail des enfants entre autres : l’enquête d’Envoyés spéciales : “Cacao, les enfants pris au piège”. Selon plusieurs estimations, il y aurait 1 à 2 millions d’enfants dans le monde qui seraient en effet exploités dans les parcelles de cacao (ne pas hésiter à donner des repères comparatifs aux élèves, en l’occurrence il s’agit de 1 à 2 fois la population d’une ville comme Marseille par ex).

Sur la déforestation et le fait que le commerce du cacao soit le 3ème facteur de déforestation après le café et le soja : Lien vidéo ici.

On peut de nouveau s’emparer des informations riches et très visuelles du rapport suivant de Mighty Earth ici.

A l’enseignant.e de choisir si le(s) documentaire(s) proposés doit(doivent) être visualisé(s) en entier ou si quelques séquences seulement peuvent être sélectionnées, en fonction des impacts sur lesquels il.elle souhaite sensibiliser, l’âge de ses élèves et l’angle pédagogique plus ou moins appuyé.

Discuter ensuite en classe de ce que les élèves ont vu et compris : Concernant par ex. l’impact social, le travail d’enfants dans les exploitations de cacao est-il légal ?  Rappeler ce que sont les droits de l’enfant à savoir être protégés et soignés, vivre auprès de leurs familles, jouer et s’amuser, être éduqués, etc. Ces droits sont-ils ici respectés ? Rappeler l’existence de la convention internationale des droits de l’enfant (quelques ressources utiles ici et ici, beaucoup d’autres ressources disponibles ici pour aborder le sujet plus longuement). Le travail des enfants existe-t-il sous nos latitudes ? Comment cette situation est-elle rendue possible dans les pays concernés ? Quelles conséquences la déscolarisation massive et l’enrôlement ont-ils pour les enfants eux-mêmes sur leur accomplissement personnel et professionnel à l’âge adulte, l’atteinte à leur estime de soi et à la maîtrise de leur destin, leur précarisation précoce, le manque de perspectives de devenir un citoyen informé et investi ; et pour les sociétés concernées quant à leur cohésion et stabilité sociales, l’émancipation et le développement culturel, économique, etc. (le rôle de l’éducation sera réaffirmé à cette occasion plus que jamais) ? Quelle est la part de responsabilité (éthique et juridique) de chacun des acteurs impliqués dans les filières du cacao, celle des grandes marques ainsi que celle des États ?

Les impacts écologiques seront adressés également en impliquant la réflexion des élèves quant à l’identification dans les documentaires visualisés précédemment des situations non conformes au droit, au respect du vivant, qui engendrent des conséquences écologiques et sanitaires, etc.

Ensuite, seront discutés les changements que les élèves pensent nécessaires d’opérer :

  • Mieux faire respecter les droits des enfants.
  • Ne pas mettre en danger la santé des travailleurs et mieux les rémunérer.
  • Ne pas mettre en danger la biodiversité et réduire la déforestation, en revenant à des pratiques plus durables.
  • La nécessité de renforcer les cadres légaux nationaux et internationaux existants et le contrôle de leur mise en application. Une évocation de lois déjà votées ou en cours d’adoption pourra être faite, ici , ici et plus généralement sur le devoir de vigilance des entreprises, une loi européenne en préparation et qui a vu le jour entre autres grâce à la mobilisation citoyenne.
  • Rappeler donc que ces lois sont également le résultat de pressions médiatiques auxquelles nous pouvons tous contribuer : reportages et vidéos de sensibilisation à diffuser dans son cercle ou au-delà, écrire aux grandes marques pour les interpeller sur leurs devoirs et obligations, détournement de publicité, réduire sa consommation, privilégier des marques plus éthiques voire boycotter certaines marques qui ne sont pas en accord avec ses valeurs.
  • Aborder les alternatives telles que le commerce équitable.
  • Rappeler la nécessité que les premiers pays concernés s’impliquent quant à la protection de la nature et des droits de leurs citoyens, c’est le cas notamment de la Côte d’Ivoire qui semble amorcer un virage positif. Le rôle de l’éducation des jeunes générations, elles-mêmes pouvant sensibiliser à leurs tours les générations plus anciennes sera évoqué et réaffirmé, ainsi que les bienfaits qu’apportent des partenariats éducatifs et échanges inter-scolaires entres les pays.

Malgré des engagements officiellement pris par les grandes marques (par ex. la signature du protocole Harkin-Engel contre le travail des enfants), les rapports se succèdent pour montrer que la situation est encore loin de s’améliorer. Mais des solutions existent et chacun peut y contribuer.

De manière transverse à l’ensemble des volets abordés et aux différentes séquences pédagogiques évoquées dans l’article, l’acte de consommation s’avère crucial et doit pouvoir tenir compte des impacts à la fois écologiques et sociétaux. Le recours à des filières plus respectueuses de l’ensemble de ces critères posera nécessairement la question du commerce équitable. La reconnaissance des différents logos et labels d’économie solidaire et ce qu’ils signifient peut être un exercice intéressant en classe.

Les élèves peuvent essayer d’identifier visuellement parmi les produits consommés chez eux, les marques qui possèdent un label commerce équitable. Les ressources suivantes permettront d’expliquer les principes fondateurs : prix juste, gestion en coopérative en circuit court, engagement sur le long terme, transparence, etc. cette fiche et cette vidéo sont des ressources intéressantes pour comprendre ce qu’est le commerce équitable (à partir du cycle 3).

Il conviendra toutefois, toujours dans l’objectif de faire appel en permanence à l’esprit critique des élèves de s’interroger sur la réalité de la mise en application de ces critères, car ce n’est pas toujours le cas et certaines marques deviennent victimes de leur succès (démontrant ceci dit au passage un point positif : l’intérêt réel et la prise de conscience du consommateur).

Des alternatives plus modestes, éthiques mais moins médiatiques peuvent être évoquées. Cela peut passer par des partenariats originaux entre école et producteur (démontrant s’il le fallait encore que l’école est au cœur de la transition), comme ce projet dont le film suivant “retrace la coopération entre l’établissement public local d’enseignement et de formation professionnelle agricole « Nantes Terre Atlantique » et le Collège Régional d’Agriculture (CRA) d’Ebolowa au Cameroun. Le cœur du projet porte sur la naissance d’un atelier de transformation du cacao en chocolat au CRA, et sur la construction d’une filière locale équitable.”.

Cet exemple montrera aux élèves qu’ils peuvent concrètement contribuer à l’émergence de nouveaux modèles plus respectueux de la filière, en renforçant les partenariats éducatifs avec les associations et autres ONG œuvrant à des projets pédagogiques inter-établissements Nord-Sud, favorisant la compréhension mutuelle, l’échange culturel, de savoirs et de pratiques ainsi que le renforcement de l’accès à l’éducation et à la scolarité des enfants dans les pays producteurs de cacao en Afrique, en Amérique centrale et en Asie. 

Des solutions doivent aussi être imaginées et poursuivies localement par les premiers concernés, c’est ce que ce l’initiative décrite ici permet d’illustrer et les projets de partenariats permettent justement de réaffirmer le soutien déterminant, de faire connaître et donner plus de voix à cette réalité plus juste et plus durable.

Un autre modèle possible peut être réécrit et schématisé, cet autre visuel du rapport de l’ONG Mighty Earth pourra encore une fois servir d’exemple pour un objectif de travail en classe :

(Toutes ces réflexions mèneront donc nécessairement à des pistes à partager et construire de manière collaborative en classe :

  • Réfléchir à sa propre consommation, remplacer l’ingrédient chocolat par d’autres ingrédients à l’empreinte carbone moins élevée, choix de marques et de filières plus éthiques et respectueuses et qui s’engagent au-delà du simple logo “commerce équitable”, écrire aux grands groupes pour les interpeller quant à leurs responsabilités.
  • Réaffirmer les valeurs humanistes déjà partagées en proposant par différents moyens et supports l’expression de son opposition aux pratiques contraires à ces valeurs. Proposer aux élèves des exercices libres ou dirigés : séances débats entre classes, dessins, poésies, nouveaux slogans, textes mis en valeur, affiches, pièces de théâtre, satires, parodies et détournements publicitaires. Ce dernier levier, appelé subvertising (en français “détournement publicitaire”) est un puissant levier de sensibilisation utilisé notamment par les ONG et acteurs engagés pour la protection de causes environnementales ou humanitaires ; en réutilisant les codes du genre (par ex. Les termes employés dans les slogans et spots de grandes marques vus en classe) et en les détournant avec humour. Voici un excellent exemple qui peut servir comme support d’outil pédagogique, d’autant plus que la série parodique Broute est assez bien connue et appréciée du jeune public : lien ici et ici de la “fausse” publicité, pour une vraie action qui amène ici.

Encore une fois, ce sont les leviers pédagogiques qui devront être exploités, dans un climat neutre, dépassionné et dépourvu de tout militantisme patent, de victimisation ou de misérabilisme. Il s’agit également de réaffirmer la primauté du droit et des valeurs humanistes dans le cadre républicain dans lequel s’inscrit l’enseignement publique.

L’objectif n’est pas de culpabiliser. Notre Histoire, celle de l’humanité notamment et notre passé sont ce qu’ils sont, les actions qui ne dépendent pas directement de nous nous échappent en grande partie. Il est bien évidemment question de comprendre et faire réfléchir par la critique constructive : à un autre regard, un autre rapport, à des alternatives. Savoir aussi prendre la distance et le recul nécessaires pour agir positivement. La présentation et l’étude des différents supports (documentaires et rapports) peuvent créer un choc et susciter des émotions variées, mais il convient plutôt de les considérer comme un véhicule pédagogique fort et pertinent, expliquer que  les émotions ont aussi vocation à nous faire agir positivement en décortiquant les mécanismes à l’œuvre dans nos prises de décisions : la culpabilité demande des actions de réparation, la honte appelle à se fixer des limites à soi, la colère à fixer des limites aux autres et ainsi de suite.

Bien sûr, cette approche dépendra beaucoup de l’appréciation de l’enseignant.e et doit être adaptée en fonction des situations. L’ambition ne sera pas la même en fonction du climat scolaire et de la relation existante entre enseignant.e. et élèves. Par ailleurs, il peut y avoir aussi la manifestation de sentiments d’indifférence. Toutes les réactions sont les bienvenues et doivent également être accueillies et acceptées. Les questions et réflexions feront toutefois leur chemin dans les esprits jeunes en interpellant leurs sens des responsabilités en construction.

D’autres initiatives peuvent être explorées afin d’établir un dialogue plus large. Il est possible par exemple d’organiser une intervention en classe d’un artisan chocolatier ouvert au débat et à l’échange, pour expliquer son métier et discuter des enjeux et impacts de son métier vus précédemment. Il peut également être envisagé d’adresser une demande au musée du chocolat le plus proche s’il y en a ou une boutique de sa région pour organiser une visite et évoquer les différents sujets évoqués. Ou bien encore (projet plus ambitieux), se mettre en relation avec une association pour visiter une exploitation, (par exemple la maison du cacao en Guadeloupe pour les écoles antillaises), et comprendre comment le cacao peut être aussi produit dans des conditions éthiques et respectueuses. Ne pas oublier également la possibilité d’assister à des événements et autres festivals qui font intervenir des petits artisans et petits producteurs et sont riches de projections et conférences , par exemple le festival alimenterre.

Vous reprendrez bien un peu de médias au chocolat

 

En prenant comme prétexte un objet commercial qu’est le chocolat, l’enseignant.e pourra donc amener ses élèves comme vu précédemment à comprendre les mécanismes à l’œuvre derrière la communication publicitaire des annonceurs. Cela peut-être une porte d’entrée vers un objectif pédagogique plus vaste en Éducation aux médias et à l’information. Les stratégies marketing engendrent aujourd’hui une pression psychologique et un engagement émotionnel entraînant des impacts néfastes pour la planète : surconsommation, pollution matérielle et numérique, etc. La question du juste équilibre entre l’intérêt commercial (la vente d’un produit) et l’intérêt général (l’utilité et l’écoresponsabilité dudit produit, la protection du droit du consommateur) est un enjeux crucial dont l’éducation nationale doit absolument se saisir de manière plus volontaire et engagée. 

Toujours dans l’objectif d’éducation aux médias et à l’information, et à l’heure de la désinformation et des infox, la junk science peut parfois s’inviter à l’école.  Voici une expérience réalisée en 2015 qui pourrait servir le précédent propos. Pour dénoncer la science marketing et ses effets parfois désastreux sur la santé, un journaliste aidé d’un nutritionniste ont lancé un hoax scientifique et médiatique largement repris dans la presse qui attribuait des pseudo vertus amaigrissantes au chocolat (certains médias persistent d’ailleurs à relayer cette fausse étude). Un documentaire d’Arte a même été consacré à ce sujet.

Il peut être utile de rappeler que tout ce qui nous parvient sur la toile, internet et réseaux sociaux n’est pas toujours fiable et doit être examiné à la lumière des références qui font autorité (l’information supposée provient-elle d’un organisme publique, son auteur.trice jouit-il d’une reconnaissance parmi ses pairs ?), à la concordance du contenu croisé avec divers avis et sources, aux polémiques éventuellement suscitées, etc.

Un résumé de l’expérience est disponible ici.

Le protagoniste de la fausse étude explique ici les ressorts, ficelles et ingrédients marketing utilisés pour construire une fausse étude alimentaire suffisamment vraisemblable et compatible avec la mécanique médiatique.

Le documentaire-hoax d’Arte « Pour maigrir, mangez du chocolat » est disponible ici.

Pour aller plus loin, il est possible de participer à la semaine de la presse et des médias pour que les élèves apprennent à s’informer en exerçant leur esprit critique. Lien ici. Cet article ainsi que la chaine youtube “hygiène mentale” donnent également des clés et des outils concrets pour déjouer les intox et éduquer aux médias.

Éducation à une alimentation équilibrée 

La séquence suivante est possible en cycle 3 : Identifier à la maison tous les produits contenant du chocolat, noter sur une période donnée (avec l’aide des parents si besoin) leur niveau de consommation moyen, calculer la quantité de chocolat consommé, extrapoler sur une année, comparer en classe les différents résultats ainsi qu’à la moyenne nationale, qualifier sa propre consommation : est-elle modérée, exagérée, saine ? Garder les emballages pour les étudier en classe : packaging, choix des images, composition, etc. L’enseignant.e ou l’ensemble de l’équipe pédagogique peuvent prendre part à cette expérience pour la rendre encore plus ludique et donner envie aux élèves de s’investir.

Ce spot peut également être visualisé :  Lien ici.

On peut ensuite demander aux élèves de faire un travail de recherche et de classer leurs résultats en trois catégories : Bénéfices avérés (comme la présence de flavonoïdes, vitamines, oligo-éléments et antioxydants), effets attribués mais non prouvés (par ex. effet antidépresseur), effets néfastes prouvés (comme par ex. la présence de métaux lourds, la toxicité pour les animaux et le risque d’obésité quand le cacao est associé à des produits sucrés et transformés). Quelques articles et publications pouvant servir : ici, ici, , encore là, ici, et enfin ici.

En fonction des constats qui seront faits en croisant les deux travaux de recherches à savoir la consommation d’une part et les bénéfices/risques d’autres part, des actions veillant à rétablir un meilleur équilibre alimentaire peuvent être discutées :

  • Pour les élèves : Possibilité d’en discuter en famille, de réduire ensemble les produits transformés à base de chocolat et de réduire sa consommation moyenne en général ou la remplacer par d’autres produits aux apports plus bénéfiques.
  • Pour l’équipe pédagogique : Ces mêmes principes peuvent être également discutés entre collègues pour adopter des choix individuels ou collectifs de consommations plus vertueux, lors des opérations de vente de chocolats, de choix alimentaires lors des kermesses et fêtes d’anniversaires, en privilégiant des choix alternatifs au tout cacao. Pour des moments à la fois festifs et pédagogiques, des ateliers cuisines peuvent être proposés au sein de l’établissement, avec des concours du gâteau le plus équilibré, le plus éthique, le plus alternatif, etc.  

Si le chocolat est un prétexte à tous les plaisirs, ne boudons surtout pas celui d’aborder quantité d’apprentissages comme évoqué tout au long de l’article, selon le prisme historique, écologique, biologique, alimentaire, éthique et bien d’autres. La perspective de donner naissance à des projets inter-classes, de manière décloisonnée, avec collaboration et coordination étroite entre enseignant.e.s (et acteurs locaux) des différentes disciplines présentera un atout considérable et tant de possibilités du point de vue pédagogique. L’engagement collectif pour des actions concrètes permettra également de souder les équipes et les élèves et d’augmenter la motivation de chacun à agir avec conscience. 

L’éducation [et non pas le chocolat n’est-ce pas !], inventée pour les enfants”, pourrait-on conclure en réécrivant un slogan d’une célèbre marque avec un brin de détournement publicitaire utile, pertinent, salutaire.

NB : Les séquences pédagogiques sont indiquées ici pour les programmes français. Les équivalences de niveaux sont les suivants à titre d’indication : École maternelle (ou cycle1) ≈ 3-6 ans, Cycle2 ≈ 6-8 ans, Cycle3 ≈ 8-10ans, Collège ≈ 10-14 ans, Lycée ≈ 14-18 ans.

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