Bureau Vert,  Déchets et Pollutions,  Energies et Climat

La pollution numérique

Partie I : État des lieux et pistes de réflexion

  Nous vivons une ère où l’épuisement des ressources naturelles, la prolifération du plastique dans les biotopes ainsi que nos modes de déplacement et de consommation sont devenus des préoccupations majeures. Les effets combinés de l’ensemble de ces sources de pollution sur notre environnement ont dépassé le simple stade de projections et d’hypothèses alarmistes. Nous en ressentons les effets immédiats à présent et commençons à avoir un niveau de certitude élevé quant à la corrélation entre ces multiples facteurs et le réchauffement climatique induit. Mais qu’en est-il du numérique ? Et plus particulièrement du numérique que nous utilisons en tant qu’enseignants au sein de nos écoles ? Et c’est quoi la sobriété numérique ?

Face à l’urgence, beaucoup d’entre nous ont amorcé le changement de nos habitudes en adoptant des comportements de plus en plus éco-responsables. D’ailleurs, selon un récent sondage plus d’un français sur deux est prêt à prendre des mesures concrètes à ce sujet : renoncer complètement aux objets en plastique, consommer moins de viande et même arrêter de prendre l’avion.

Mais combien sommes-nous prêts à renoncer au confort technologique atteint par notre société hyper technique, notamment dans le domaine du numérique ? Le numérique c’est l’informatique, les télécoms et bien sûr internet, sans lequel Profs en Transition aurait probablement le plus de mal à partager des idées aussi naturellement et efficacement que ce que nous tentons de faire via les divers médias (facebook, Pinterest et blog) sur lesquels nous sommes présents. Sauf que voilà, internet pollue aussi, car internet ce sont des milliers de serveurs, des millions de terminaux (smartphones, PC, tablettes, …) connectés, des câbles réseaux et de l’énergie pour faire fonctionner tout cela. Internet et le numérique en général, ce n’est pas une surprise, possèdent une empreinte carbone absolument considérable !

Pour autant, s’il y a un domaine comparativement à d’autres, où l’écart entre nos actions concrètes, nos automatismes et le niveau de conscience et d’engagement écologiques attendus sont – encore – aussi loin de correspondre à une démarche véritablement éco-responsable, c’est bien le numérique. Nous sommes à titre d’exemple moins d’un tiers de français à avoir conscience de l’impact écologique du numérique ! Et pour cause ! Celui-ci nous apporte un progrès technique extraordinairement perceptible dans nos vies, personnelles comme professionnelles : facilitation de l’accès à l’information et à la connaissance, proximité avec nos réseaux de pairs, vecteur de sensibilisation (comme Profs en Transition le fait ici) et bien d’autres avantages évidents, là où les incovénients sont beaucoup plus difficiles à appréhender. 

Mais si internet et le numérique polluent, comment minimiser réellement l’impact sans renoncer à cet outil formidable ?

Mieux comprendre la situation actuelle

Pendant longtemps, le numérique a été « vendu » comme étant plus écologique (sous-entendu, comparé au digital). En témoigne la fameuse citation ajoutée parfois quasi systématiquement en signature de nos courriels : « Faites un geste pour la planète, pensez à ne pas imprimer ce mail ! ». Mais pensez comme cette petite phrase anodine, qui pèse unitairement à peine quelques pouillèmes de kilo-octets, a pu être envoyée probablement des millions de fois. Ceci met en porte-à-faux l’objectif initial au regard de l’empreinte carbone générée par le volume total finalement « transporté » en conséquence de ces multiples envois ! Et c’est bien là tout le problème du numérique : nous pensons souvent bien faire en le privilégiant au digital, adoptant parfois inconsciemment des attitudes qui vont en réalité complètement à l’encontre de nos bonnes intentions. 

Voyez donc : un simple clic et mon message/photo/vidéo est envoyé(e) à l’autre bout de la planète, autant de fois que je le souhaite, en ayant à priori recours à des ressources neutres en carbone, « dématérialisées » et « mutualisées » et donc « rationalisées ». 

Nous touchons ici le cœur du paradoxe : le virtuel est peu visible, et donc bénéficie à tort d’une caution écologique inique ! Notre bien-être numérique est confié à des logiciels hautement spécialisés, dont les processus sont en apparence assez sophistiqués et intelligents pour optimiser la consommation des ressources : matériel, énergie, etc. employés. C’est sans compter la difficulté réelle de l’exercice combinée au manque de transparence flagrant dans les entreprises du domaine, malgré quelques timides tentatives de repenser les modèles économiques dominants.

En raison de l’enjeu fort pour nous enseignants, acteurs au cœur de la transition ; Profs en transition a décidé de consacrer à ce sujet un article ambitieux, présenté en deux parties :

 Une première partie (ici), qui dresse l’état des lieux chiffré et s’appuyant sur un sondage réalisé auprès de notre communauté de membres du groupe Facebook « Profs en Transition », aux fins de mieux identifier nos besoins d’enseignants et leur particularité par rapport aux usages grand public. L’objectif étant d’aider à mieux nous approprier un sujet réputé technique et emprunt parfois d’affirmations et de chiffres contradictoires. Cette première partie vise ainsi une “acculturation” au sujet avant de passer en revue les premières pistes de solutions envisageables.

 – Une deuxième partie (à venir) qui, sur la base de nos usages spécifiques mieux catégorisés, développe en détail les gestes clés à mettre en œuvre, afin de réduire l’empreinte écologique de nos usages numériques dans le monde enseignant. Des gestes qui peuvent de surcroît être le plus souvent généralisés aux usages quotidiens.

 

L’impact écologique du numérique 

Situation générale en quelques chiffres

Vous l’aurez compris, le numérique est très loin d’être «VERTueux », et son empreinte carbone est non seulement considérable mais est également appelée à une croissance exponentielle dans les années à venir, si rien n’est fait d’ici là.

Les quelques chiffres rassemblés ci-dessous sont assez évocateurs. Le numérique c’est :

  • 7 à 10% de l’électricité mondiale – selon les diverses estimations – qui est consommée par internet seul. Si ce dernier était un pays, il serait troisième derrière la Chine et les États-Unis en volume total de consommation électrique. 6 à 12% de cette énergie consommée ne sert qu’à « … refroidir des bâtiments, souvent immenses, les ventilateurs [devant] maintenir une température constante, propice au bon fonctionnement du matériel » [référence ici].
  • Pour les datacentres comme ceux de Google, un seul bâtiment peut consommer à lui seul en énergie l’équivalent de la consommation d’une ville européenne de 30.000 habitants. A horizon 2020, l’émission en CO2 de ces infrastructures aura dépassé celle du secteur aérien. Aux États-Unis, cette consommation est déjà plus importante que celle du secteur automobile de l’ensemble du pays [référence ici]. (NB : Un datacentre est un bâtiment abritant parfois des centaines de serveurs, nécessaires au fonctionnement d’internet ou d’un ensemble de services numériques d’une entreprise. Dans le cas des GAFAM – géants du WEB que sont Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft ; chacune de ces entreprises possède jusqu’à plusieurs dizaines de datacentres dans le monde) 
  • A l’échelle d’une entreprise de 100 collaborateurs, l’activité annuelle d’envoi de courriels représenterait en moyenne l’équivalent en émission de gaz à effet de serre de presque 2 tours du monde en voiture [référence ici]. Chaque jour, ce sont environ 215 milliards d’E-mails qui sont envoyés dans le monde [chiffres 2016] ; ajouté à cela le trafic de 55 à 90% de spams, dépourvus de réelle valeur ajoutée dans nos activités professionnelles ou personnelles ; spams qui par ailleurs sont le plus souvent filtrés en amont par les outils de messageries, n’atteignant pas même la cible marketing qu’est leur destinataire !
  • En terme d’impact carbone de la publicité numérique (bannières, vidéos, pop-ups et ensemble de contenus s’affichant sur les pages internet visant à la promotion de produits), ce phénomène commence à peine à être pris en compte et les études récentes à ce sujet montrent que cette activité serait probablement à l’origine d’une émission en CO2 estimée à entre 11 à 160 millions de tonnes (1 tonne de CO2 équivaut à 1 aller-retour Paris-New York en avion, on vous laisse faire le calcul).
  • 2 requêtes Google à elles seules généreraient une empreinte carbone équivalent à celle nécessaire pour chauffer le volume d’une tasse d’eau.

Numérique, le grand gâchis

Les chiffres ci-dessus varient selon les études, certains sont régulièrement remis en cause voire sont impossibles à vérifier. Parfois même, les interprétations et l’écho qui en sont faits sont totalement disproportionnés ou fantaisistes. Dans l’exemple de la requête Google et de la bouilloire, une mise au point du chercheur a été nécessaire pour clarifier ses travaux, mais l’exemple persiste dans la presse.  Il reste toutefois une constante : l’ampleur bien réelle du gâchis !

Comme dans d’autres secteurs, le parallèle pouvant facilement être fait avec celui de l’alimentaire, le gaspillage est phénoménal. En témoigne l’exemple des spams cité plus haut ! Pour illustrer ce paradigme, il faut comprendre comment fonctionne Google. Si une recherche via ce moteur possède en effet un coût énergétique certain ; pour rendre ce service à l’utilisateur, garantir sa disponibilité quasi permanente et la présentation de résultats les plus pertinents, Google ainsi que ses concurrents déploient des milliers de serveurs installés un peu partout dans le monde. Ceux-ci tournent jour et nuit quasiment sans interruption, avec un coût énergétique incompressible déjà élevé, peu importe le niveau de trafic généré par l’ensemble des requêtes dans le monde transitant à un instant T via lesdits serveurs.

Un peu comme dans le monde de la distribution, pour assurer une bonne qualité et (hyper)disponibilité du service, une entreprise comme Google déploie une infrastructure matérielle largement surdimensionnée, prévue pour assurer un service capable de répondre à de gros pics de charge (comme pour la retransmission d’événements sportifs mondiaux par exemple), là où la charge réseau est la plupart du temps de grandeur moyenne. Pour revenir au parallèle avec l’industrie alimentaire, c’est un peu comme la marge disproportionnée entre nos besoins réels et la somme de produits à la vente que l’on retrouve sur les étals et dans les grandes surfaces. Nous assistons à un gâchis phénoménal de ressources, en raison notamment d’un coût de matières premières de plus en plus bas (toute ressemblance avec d’autres secteurs d’activité, etc. etc).

Pour en revenir à l’exemple de la publicité numérique, et à titre d’illustration du gaspillage de ressources, le très sérieux journal The guardian s’est fait écho d’une information stupéfiante : selon une étude parue en 2016, lorsque l’internaute n’utilise pas de bloqueur de publicité tel que Adblock, en moyenne 50% du contenu d’un article lu sur internet ne serait que du contenu publicitaire ! (autrement dit, il ne sert qu’à générer du revenu).

Au coût énergétique du numérique qui pèse en phase de fonctionnement, il faut ajouter en phase de production toutes les ressources nécessaires à la construction des équipements (PCs, smartphones, etc.) ainsi que les « terres rares » et autres métaux (cobalt, lithium, …) pour la confection des batteries, des têtes de lecture des disques durs, etc. Si aujourd’hui, le nom de « terres rares » reflète moins le niveau d’abondance que les tensions géopolitiques occasionnées ; c’est surtout la course effrénée à leur exploitation qui reste le plus préoccupant au regard de conséquences désastreuses :  écotoxicité et pollutions locales liées à l’extraction mais aussi à une filière inexistante de traitement et recyclage de ce qu’on appelle les e-déchets, régression des droits humains et des conditions de travail des ouvriers, risques systémiques accrus de catastrophes naturelles, risques pour la santé des ouvriers et des riverains, etc ; le tout dans des pays exportateurs peu scrupuleux en matière de droits.

On peut légitimement au titre des impacts énoncés, se demander dans quelles mesures les technologies ayant recours à ces matériaux, représentent-elles véritablement une alternative plus soutenable aux énergies nucléaire ou fossiles ? (lire à ce sujet l’excellent livre de Guillaume Pitron « La guerre des métaux rares, la face cachée de la transition énergétique et numérique », fruit d’un remarquable travail journalistique de terrain). 

Une fois le constat dressé, à qui la « faute » incombe-t-elle ? A l’ensemble des utilisateurs qui profitent de ce confort technologique sans trop se soucier des conséquences – difficiles parfois à appréhender, il faut le reconnaître – exerçant une pression continue sur une demande déjà élevée ? A l’industrie qui tarde à engager les mesures nécessaires pour prendre ses responsabilités, voire qui continue parfois à entretenir – faussement – l’illusion d’un numérique plus propre que le digital ? La réalité est probablement à mi-chemin entre ces deux explications, mais en tout état de causes, en tant qu’utilisateurs tirant bénéfice de ces technologies, nous nous devons de nous poser des questions et agir là où cela nous est possible.

Mieux connaître nos usages numériques afin d’agir

L’enseignant, un utilisateur comme un autre ?

Pour savoir en tant qu’utilisateurs comment nous impactons l’environnement par nos usages et donc comment nous devons agir de la façon la plus efficace, il est important de mieux comprendre nos comportements numériques ainsi que les besoins attendus.

S’il est vrai qu’en tant qu’enseignants, nous utilisons des produits grand public (Google, Microsoft, …), il conviendra aussi d’identifier les usages spécifiques à notre profession. Certaines recommandations qui vont suivre dans la 2ème partie de l’article porteront donc essentiellement sur les causes spécifiques (mais elles pourront être toutefois aisément reproduites aux usages non spécifiques).

Sur le groupe Facebook « Profs en Transition », nous avons sollicité nos membres, dans une démarche collaborative, afin de répondre à un sondage sur l’utilisation qu’ils font du numérique au sein de leurs établissements, ce qu’ils considèrent comme étant le plus impactant ainsi que les efforts qu’ils sont prêts à fournir versus l’efficacité selon eux de ces efforts dans la réduction de leurs impacts. 

La répartition par niveaux d’enseignements des participants était la suivante : 

  • 30% en préscolaire, soit avec des élèves de moins de 6 ans ;
  • 26% dans la tranche de 6 à 10 ans ;
  • 42% dans la tranche de 10 à 15 ans ;
  • 9% dans la tranche de plus de 15 ans ;
  • Le total étant supérieur à 100% car certains enseignants sont concernés au titre de leur fonction par plus d’un niveau (et que les tranches d’âge aux extrémités peuvent présenter des différences d’un pays à l’autre). 

3 catégories de questions ont été posées :

  • Sur les fréquences d’utilisation par types d’usages,
  • Sur les temps d’utilisation par catégories de contenus utilisés,
  • Sur la perception qu’ont les sondés concernant le niveau de maitrise du volume utilisé pour chaque type de contenu.

Il n’y a pas eu de questions posées relativement au matériel utilisé (nombre d’équipements différents : PC, tablettes, etc., durée de vie, politiques achats, …), mais ce point sera bien évidemment traité dans les deux parties de l’article.

En synthèse générale des réponses au sondage :

  • Concernant les usages et fréquences : plus de 3/4 des enseignants utilisent le numérique au moins 3 fois par semaine pour se former et échanger entre pairs (forums, réseaux sociaux, MOOCs, ..). Un peu moins d’un tiers l’utilise 1 à au moins 3 fois par semaine pour préparer les enseignements et organiser les cours (préparation de supports numériques, évaluation et suivi des compétences, etc. avec recours au stockage en ligne et aux espaces de travail collaboratifs). Enfin, la moitié environ seulement l’utilise comme support d’échange avec les familles.
  • Concernant les temps d’utilisation, catégories de contenu et effort de maîtrise : la vidéo n’est pas un  type de contenu répandu (concerne environ 1 enseignant sur 4) ou nécessitant un effort de maitrise jugé  important chez les enseignants dans un cadre scolaire. En revanche, les fichiers joints aux courriels (documents ou images) ou produits en ligne et les recherches internet (avec ou sans téléchargement de contenu) sont assez fréquents (plus d’un tiers utilise les moteurs de recherche et les logiciels en ligne tel office 365 en classe ou à titre individuel au moins 6 heures par mois).
  • Il est à noter aussi que les usages (temps, contenu, variété des outils) sont fortement corrélés aux niveaux de scolarité. Les pistes de gestes éco-responsables qui seront proposées dans la deuxième partie de l’article en tiendront compte !

En tant qu’enseignant, comment agir efficacement ?

 Si l’on considère l’urgence climatique tous secteurs confondus, et selon le dernier rapport du cabinet de conseil Carbone4, pour «… un français moyen, l’impact probable des changements de comportement individuels pourrait stagner autour de 5 à 10% de baisse de l’empreinte carbone. ». Dans le même rapport, il est même considéré qu’un comportement irréprochable – présenté comme héroïque – de chacun d’entre nous dans l’ensemble de nos actions quotidiennes ne pèserait que pour … 25% de l’impact global ! Le centre de gravité de la remédiation à nos problèmes environnementaux se trouverait donc visiblement du côté des entreprises. Est-ce à dire qu’il faut baisser les bras et continuer nos pratiques sans les changer ?

 Il va sans dire que la réponse est non ; car qui dit usager dit consommateur, et qui dit consommateur dit pouvoir d’impulser le changement, notamment par des choix de consommation plus vertueux et donc d’infléchir des modèles énergivores et « pousser » les entreprises (qu’elles soient grand public ou spécialistes du secteur de l’éducation nationale tels que des éditeurs de logiciels à destination de la communauté éducative, ou encore l’État et en particulier notre ministère de tutelle) vers une prise en charge accélérée du problème auquel celles-ci contribuent en grande partie ! C’est ce que l’on appelle la sobriété numérique.

La minimisation de l’impact de nos comportements numériques est un sujet qui n’échappe pas à ce paradigme. Car en effet, si quelques entreprises commencent à repenser la conception des matériels et logiciels informatiques de façon plus éco-responsables, il faut garder à l’esprit que l’utilisateur est au cœur du sujet, par sa façon de s’approprier, en permanence, les usages en constante évolution !

 C’est bien un combat sur les deux fronts qu’il faut mener :  celui de l’innovation pour les industriels plébiscitée par les utilisateurs (et la communauté enseignante en fait partie au titre de l’utilisation de produits aussi bien grand public, Google étant un bon exemple, que de produits ciblés). Innovation pour permettre d’intégrer la dimension écologique dans la manière dont les produits technologiques sont conçus et construits mais également, celui de la sobriété dans les usages par les mêmes utilisateurs qui ont recours à ces produits. La communauté enseignante, par la place qu’occupe le numérique dans les écoles, a un rôle indéniable à jouer.

 Pour que ce deuxième « combat » puisse avoir lieu, il faut d’abord être bien “armé” ! Comment ? Tout d’abord : en se renseignant et se documentant, faisant ainsi tomber les biais cognitifs les plus fréquents qui entravent nos capacités de raisonnement et en aiguisant notre sens critique, tous deux facteurs indispensables pour ensuite : agir efficacement ! Se documenter et se renseigner conduisent aussi naturellement à transmettre nos savoirs aux élèves dont nous avons la charge : par la sensibilisation aux bons gestes et aux bonnes pratiques visant à la sobriété numérique, et par sa mise en œuvre concrète.

 

 En tant qu’enseignant, faire “MA” part et y associer mes élèves

 

Pour mieux agir, il est essentiel comme on l’a vu dans la restitution du sondage, de mieux comprendre nos usages et nos besoins. Il est également important de bien comprendre les causes de la pollution numérique sur lesquelles nous pouvons axer nos efforts. A chaque cause différente sera de ce fait apportée une réponse mieux appropriée. Par ailleurs, démystifier et détricoter certaines idées reçues est primordial (surtout dans un domaine où l’on peut lire tout et son contraire, et où une certaine « technicité » peut être un obstacle à une bonne appropriation du sujet).

Concernant les usages et besoins, nous avons pu voir dans la restitution du sondage que :

  • La consommation de contenus volumineux (de type vidéo par exemple, très énergivore et donc ayant une empreinte carbone conséquente) sont les moins représentatifs des usages dans le monde de l’enseignement, contrairement aux usages traditionnels du grand public.
  • En revanche, l’utilisation de logiciels en ligne (qu’ils soient spécifiques au monde de l’enseignement ou grand public type traitement de texte) ainsi que les recherches/activités sur internet, abonnement à des forums ou blogs, etc. (pour se former ou pour alimenter le travail en classe) sont des usages plus courants.

Cette spécificité nous le verrons plus tard, permet d’orienter nos efforts – du moins, si on se limite à nos usages professionnels en tant qu’enseignants –  plutôt vers des approches centrées en premier lieu sur la gestion du cycle de vie de nos données et une meilleure connaissance de la réglementation en notre faveur pour en limiter l’exploitation et le volume additionnel généré (notamment par les “besoins” de profilage et tags à des fins marketing), que celles-ci soient consenties ou pas lors de nos différents parcours sur la toile. Viendra ensuite des préconisations pour limiter par nous-mêmes le volume de données produit par nos propres usages, tous types de données confondus.

 Pour ce faire, classer les causes de pollution numérique selon les trois facteurs ci-dessous permet d’appréhender notre capacité et nos façons les plus appropriées d’oeuvrer à la sobriété :

1. Les facteurs que l’on pourrait classer comme « passifs » 

Les pop-ups qui s’affichent et autres encarts publicitaires qui s’incrustent sur les pages que nous visitons lors de nos recherches sur internet, les cookies (traceurs qui captent et enregistrent nos données de navigation) qui sont renseignées lorsque nous visitions des sites (blogs, forums, …) ou lorsque nous accédons à des logiciels et qui très souvent sont exploités à des fins  de ciblages marketing et publicitaires, l’équipement matériel qui nous lâche au bout d’à peine 2 années d’utilisation pourtant modérée (vous avez sûrement entendu parler de l’obsolescence programmée), nos adresses de courriel qui sont captées par des « brokers » qui les revendent aux sociétés qui polluent notre messagerie en spams et autres contenus indésirables …

… toutes ces activités « surfent » à la limite de ce qui est acceptable du point de vue du droit de l’utilisateur à la protection de sa vie privée et tout simplement, à son droit en tant que consommateur. En gros, vous n’avez rien demandé et le plus souvent, l’empreinte carbone de ces activités est générée derrière votre dos et à votre insu ! Ainsi, il y a tout un pan de l’économie numérique qui s’est installé petit à petit depuis l’avènement d’internet, profitant soit d’une absence de réglementation soit d’une réglementation existante mais pas suffisamment équipée pour contrôler et sanctionner les écarts. Ces activités, sans valeur ajoutée prouvée pour l’utilisateur ou pour l’économie de marché, possèdent pourtant une empreinte carbone le plus souvent sous-estimée. Les choses changent doucement mais sûrement de ce côté-là, et le cadre réglementaire, qu’il soit national ou européen, penche de plus en plus du côté du consommateur.

A titre d’exemple, la réglementation européenne du 28 Mai 2018 concernant le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données à caractère personnel) renforce les droits des utilisateurs, en obligeant les entreprises à les informer de l’usage qui est fait de leurs données collectées lorsque ceux-ci visitent le site internet de l’entreprise ou lorsqu’ils se connectent au compte personnel que l’entreprise leur fournit, à obtenir explicitement leur consentement pour les usages marketing et à vocation publicitaire, à leur donner la possibilité d’exercer leur droit à la suppression de leurs données et de régulièrement purger les données à caractère personnel que détiendrait l’entreprise les concernant et lorsque celles-ci sont devenues obsolètes (par exemple, suite au désabonnement à un service).

Le RGPD est un peu comme le code du commerce, dont la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) est le garant du Web, agissant comme un gendarme à l’instar de la DGCCRF pour les produits de consommation usuels. Moins de données collectées sans votre approbation sous-entend un usage plus sobre du numérique, il va sans dire !

Nous reviendrons plus en détail sur cette thématique dans la 2ème partie de l’article (plus particulièrement sur le RGPD, l’obsolescence programmée et comment en faire des alliées pour la sobriété numérique, soit par des actions individuelles soit en encourageant des actions collectives : https://www.linfodurable.fr/technomedias/obsolescence-programmee-que-dit-la-loi-6850 & https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/01/21/donnees-personnelles-la-cnil-condamne-google-a-une-amende-record-de-50-millions-d-euros_5412337_4408996.html) ! 

Par ailleurs, il est possible en paramétrant correctement ses applications installées sur ses terminaux informatiques, d’empêcher la sur-collecte de données (données de localisation, de navigation, …) qui pullulent sur les serveurs et qui contribuent donc à une consommation énergivore. Il en est de même de l’affichage publicitaire qui peut être désactivé grâce à des outils “bloqueurs de pubs” ainsi que des spams qui peuvent être “nettoyés” grâce à des outils d’analyse et de purge de boîtes de messageries.

2. Les facteurs que l’on pourrait classer comme « semi-actifs » 

Vous vous doutez déjà que lorsque vous naviguez sur internet, accédez au contenu d’un logiciel éducatif en ligne, visualisez un document dans le cadre de vos activités professionnelles, etc. vous faites tourner des serveurs qui consomment de l’électricité, et qui donc polluent. Mais bien souvent, votre choix d’outil est limité soit en raison de l’offre (voir le monopole des produits Google, qui il est vrai sont à la pointe de l’excellence technologique, mais à quel prix … écologique ?), soit en raison du manque d’alternative écologiquement plus favorable ! Mais là aussi, les choses commencent peut-être à changer. 

En juin dernier, un label du numérique responsable a été lancé. Ce nouveau label, initié par le Ministère de la Transition Écologique, vise à « … reconnaître la mise en place d’une démarche de numérique responsable dans les entreprises et organisations privées et publiques.”  : https://institutnr.org/la-charte-nr-2. Ce label aura pour conséquence, on peut l’espérer, l’instauration d’un cercle vertueux dans les entreprises, notamment publiques (et donc côté éditeurs de logiciels à destination de la communauté de l’Éducation Nationale). Il a en tout cas comme avantage de pouvoir aider l’utilisateur à mieux se repérer et de se fier de manière plus sereine aux discours « « VERTueux » de certains éditeurs de solutions informatiques ; car comme nous allons le voir par la suite, beaucoup parmi ces entreprises du secteur numérique tentent d’afficher une démarche écologique difficilement vérifiable.

Nous pouvons voir en cette initiative une opportunité de transparence pouvant être saisie ; par exemple en infléchissant les politiques d’achats, partenariats de produits logiciels ou de contractualisation de services numériques basés sur des clauses ou des engagements de démarches d’éco-responsabilité ; ou bien, dans le cadre des besoins individuels en prenant en compte ces critères dans ses choix de solutions logicielles et plateformes numériques, que celles-ci soient payantes ou bien gratuites (dans le paysage numérique, ce sont d’ailleurs les entreprises ou collectifs œuvrant pour un logiciel libre et gratuit, qui font le plus d’effort en la matière ; voir par exemple Framasoft comme alternative à certains produits google) !

3. Les facteurs que l’on pourrait classer comme « actifs » 

Pour envoyer des pièces jointes par messagerie électronique (à vos collègues, aux élèves et parents) ou sauvegarder du contenu des enseignements dans le « cloud », vous vous basez encore une fois sur l’offre de services numériques existante qui contraint vos choix ; mais ce sont heureusement les causes sur lesquelles vous pouvez le plus aisément agir car vous êtes le plus souvent à l’origine du contenu produit (photos et documents, occasionnellement vidéos) et/ou êtes à même d’en maîtriser les paramètres : taille du contenu, durée de conservation, nombre de réplications dans le cloud/destinataires de PJ, …  C’est là que votre discernement peut jouer un rôle primordial (dans le choix éclairé entre cloud, support numérique ou papier par exemple comme solution de sauvegarde ou encore en prolongeant la durée de vie de vos équipements, en en limitant le nombre, en limitant le nombre d’applications utilisées, etc.). 

Ce qui est valable dans le monde des produits de consommation usuels l’est aussi pour le numérique et notre façon de consommer influe également indéniablement sur l’offre de services des entreprises du numérique. Plus nous en demandons : plus de contenu et temps de traitement plus rapides, plus nous encourageons une exploitation exponentielle des ressources matérielles nécessaires pour soutenir cette croissance vertigineuse ! En revanche, qui dit contenu et usages maîtrisés par les utilisateurs dit potentiellement une maturité et recentrage des entreprises sur les besoins réels (l’appauvrissement des ressources abiotiques amenant inévitablement ces dernières à des postures plus économiquement viables, qu’il nous conviendra d’accélérer et de soutenir en tant que consommateur).

La 2ème partie de l’article développera l’ensemble de ces sujets. Seront également abordés des exemples précis de la manière dont les élèves, selon chaque palier éducatif, peuvent être sensibilisés et engagés eux aussi dans une démarche de sobriété numérique ! Comment notamment en tant qu’enseignants mieux informés, nous pouvons aider nos élèves les plus âgés à mieux identifier leurs propres usages, les impacts et les stratégies pour réduire ces impacts ? Les enfants des jeunes générations, baignés dans un monde digital où les outils numériques sont omniprésents, sont d’autant plus exposés à une banalisation et ont d’autant plus besoin d’être accompagnés. La bonne nouvelle est que ces derniers peuvent naturellement développer les réflexes nécessaires pour un bon usage. Des études montrent ainsi un rapport paradoxal qu’entretiennent les jeunes à la technologie, et une volonté “…de maîtriser leur consommation numérique pour ne pas se laisser submerger”. Volonté que nous Profs en transition aurons à cœur de conscientiser !

Pour aller plus loin dans la réflexion : Faire “LA” part des choses

Si, pour toutes les raisons déjà évoquées, vous doutiez encore de l’impact du numérique sur l’environnement, si vous vous étiez laissé convaincre par les arguments en faveur de ses supposés vertus écologiques ou si simplement vous ne vous étiez pas encore penché sur la question auparavant, pensant que les activités numériques n’étaient pas concernées par les problématiques écologiques ; nous espérons que cet article aura fini de vous convaincre ou en tout cas de vous amener sur la voie de la réflexion.

Mais, le plus probable est que vous ayez au contraire, et pour la plupart d’entre vous, déjà engagé une réflexion voire des actions concrètes (en témoigne la qualité des échanges des membres de notre groupe Facebook « Profs en Transition » et des échanges régulièrement entretenus à ce sujet). Reste toutefois qu’il est plus difficile – surtout au regard des aspects techniques – d’échapper à certains pièges … malgré toute notre bonne volonté ! C’est pourquoi cette section vise à vous éclairer un peu mieux sur les croyances et autres idées reçues prêtées au numérique, qui finissent par impacter la qualité de nos actions, aussi bien intentionnées soient-elles.

Afin d’illustrer le propos, prenons quelques exemples :

  • « Idée reçue N°1 : Comme alternative plus écologique à Google, à Bing et aux autres moteurs de recherche plus polluants, on peut utiliser Lilo ou Ecosia et « … naviguer en toute tranquillité sans faire surchauffer la planète » !

En effet, Ecosia, Lilo et d’autres moteurs de recherches réputés éco-responsables, aident à lutter contre les gaz à effet de serre en reversant une partie de leurs revenus pour planter des arbres ou pour soutenir d’autres projets solidaires. Du moins, c’est ainsi qu’ils se présentent pour marquer leur différence. 

Sans jeter l’anathème sur ces entreprises qui tentent probablement le plus sincèrement de revoir le modèle économique dominant pour y introduire un brin d’éthique, la réalité est autre.  Lorsqu’on s’intéresse de plus près au fonctionnement de ces moteurs dits alternatifs, on s’aperçoit qu’en fait ceux-ci se basent sur les moteurs classiques (on parle de méta moteur). Pour simplifier, la requête que vous saisissez est d’abord traitée par l’infrastructure (matérielle et logicielle) du méta-moteur avant d’être transférée à google ou bing, qui renvoient un résultat avec des liens publicitaires. A chaque fois que vous cliquez sur ces liens, le méta-moteur est rémunéré, rémunération en partie réinvestie dans des projets présentés comme solidaires (celui de financer des projets de reforestation par exemple). 

Si sur le papier, l’initiative paraît louable (d’ailleurs, Ecosia ou Lilo ne cachent pas ce modèle à leurs utilisateurs, le justifiant même !), nous remontons encore une fois aux racines du problème : la publicité (dont nous avons évoqué les effets néfastes). Rien de nouveau donc sous le soleil. Sans compter le surcoût d’énergie que génèrent les infrastructures supplémentaires nécessaires à ce modèle, dont le bilan carbone total associé peut être questionné comparativement à la compensation proposée. Par ailleurs, des critiques sont soulevées quant à certains projets soutenus (voir le partenariat dénoncé par des associations écologistes entre Ecosia et Pur Project, ainsi que les critiques du principe des campagnes de reforestation comme méthodes soutenant le greenwashing). 

N’oubliez donc pas que le plus important n’est peut-être pas le moteur lui-même, mais ce que vous en faites et comment vous l’utilisez (le choix du navigateur en revanche peut lui s’avérer crucial, nous le verrons dans la 2ème partie de l’article) ! Méfiez-vous de l’auto-plébiscite VERTueux et renseignez-vous systématiquement quant aux affirmations d’éco-responsabilité proclamées ça et là !

Le modèle économique de beaucoup de sites internet se base sur la gratuité du contenu proposé aux utilisateurs, les propriétaires de ces sites étant rémunérés au clic publicitaire. Se pose alors l’épineuse question à l’origine même d’internet : vaut-il mieux payer pour accéder au contenu ou continuer à bénéficier de contenu gratuit en nourrissant des modèles économiques agressifs et nocifs pour l’environnement ? car oui, la publicité numérique sous ses différentes formes (vidéos, E-mailing consenti ou spams, etc.) pollue aussi énormément et représenterait l’équivalent de 1,5 fois la consommation annuelle éléctrique de la région Ile de France (pour aller plus loin dans la réflexion, lire cet excellent article qui résume bien la situation).

Si la réponse à cette question reste à trouver et le modèle encore à réinventer, quelques solutions existent pour limiter les dégâts … du moins environnementaux ! Une partie de la réponse réside dans la manière de se protéger de la publicité à outrance, mais également dans la contribution à une rémunération juste des contenus de qualité (par exemple au-travers de la participation aux campagnes de dons de financement de sites dont le modèle salarial se base sur le volontariat, Wikipedia – qui est un grand ami des enseignants – en est un bon exemple).

  • « Idée reçue N°2 : La phase la plus polluante d’un produit numérique est la phase de consommation ! » 

Nous avons abordé la question des terres rares plus haut dans l’article. Vous vous en doutez donc un peu, dans le cycle de vie d’un équipement informatique (comme pour la plupart des produits hautement technologiques), les phases polluantes sont également – dans des proportions encore plus importantes – celles situées aux extrémités,  i.e. à l’étape de production et celle de fin de vie ! S’il est difficile d’obtenir des chiffres précis quant à la répartition exacte des taux de pollution estimés lors de chaque phase du cycle de vie, nous savons que l’étape d’extraction et transformation des matières premières est extrêmement polluante et celle-ci nécessite beaucoup de ressources. Il en est de même pour la fin de vie et la difficulté de recyclage des matériaux. Les graphiques de ce lien tentent de montrer visuellement un ordre de grandeur comparatif des impacts carbones par une mise à l’échelle de la pollution liée à la visualisation vidéo versus celle par exemple de la fabrication d’un smartphone ou d’un ordinateur portable.

C’est pour toutes ces raisons qu’il est primordial de faire durer le plus longtemps possible la vie d’un équipement informatique, de limiter le nombre d’équipements utilisés, de recourir au troc, à l’occasion, à la réparation avant de songer à remplacer définitivement son équipement. Et s’agissant des équipements fournis par l’institution, de voir dans quelles mesures une utilisation et un entretien efficaces (nous verrons prochainement comment) peuvent considérablement aussi prolonger la durée de vie, à l’heure de l’accélération irréfléchie de la “digitalisation” à tout va de nos écoles

Pour aller plus loin dans la réflexion : https://ll-dd.ch/environnement-et-informatique-croyances-et-idees-recues/ (il est question dans cet article d’analyse de cycle de vie et de ses biais ainsi que d’autres idées reçues … que l’on peut jauger et analyser à sa guise, avant de définir une stratégie de hiérarchisation des actions la plus efficace par rapport à la réalité des impacts écologique de chacun de nos usages).

  • « Idée reçue N°3 : Privilégier l’utilisation du numérique au lieu du papier pour sauver des arbres ! » 

Arrivés à ce stade, vous connaissez à présent les nuances que peuvent comporter de telles affirmations. Cet article vous confortera dans vos – nouvelles ? – intuitions. Pour résumer en une seule phrase : tout est bien sûr question de l’usage que l’on fait de l’un ou l’autre de ces deux supports (bravo, votre copie vous vaut un 10/10).

Ces exemples peuvent être plus ou moins contre-intuitifs pour certains d’entre nous, en fonction de l’avancement des réflexions de chacun. Ce qui peut paraître logique pour les uns peut être une hérésie pour d’autres. Mais de manière générale, dans le monde du numérique, certaines fausses bonnes idées fusent, renforcées par des slogans faciles forgés depuis des années ; ceux-ci sont – comme nous avons pu le voir – questionnables et l’esprit critique est donc de rigueur !

Conclusion de la partie I

Aux balbutiements du numérique et d’internet, la promesse d’un monde nouveau où la technologie érigée en remède miracle aux problèmes de notre monde moderne fut naïvement brandie, bien que probablement avec une foi authentique et sincère. Aujourd’hui avec 20 ans de recul, nous savons que le remède n’est pas – seulement – en dehors de nous, par le truchement d’une technologie la plus avancée soit-elle ; le remède est en réalité aussi définitivement en nous. Et si l’avancée technologique est notre alliée, il est désormais certain aussi que nos ressources sont limitées ; nous y sommes cruellement confrontés.

Plus que jamais, changer nos habitudes, revoir notre consommation et adopter des comportements plus éco-responsables est aussi vrai pour les ressources tangibles que pour celles d’apparence moins tangible. Dans cette première partie de l’article, nous avons dressé un bilan de la réalité du numérique avec la mesure de nos propres pratiques dans le monde enseignant (grâce à un sondage simplifié mais que nous espérons représentatif et que chacun pourra confronter à sa propre réalité). Cette démarche d’analyse de nos besoins, combinée à la déstructuration de certaines idées reçues qui nous informent mal sur la réalité des impacts écologiques de certains comportements, est une démarche indispensable à un meilleur ciblage de nos efforts. Comme promis, nous reviendrons très prochainement avec une deuxième partie pour aborder les solutions concrètes pour transformer nos habitudes et les inscrire dans une véritable transition vers la sobriété numérique

Profs en Transition étant également engagé dans une démarche solidaire, nous avons aussi à cœur des questions de responsabilité quant aux droits humains, droit du travail, impacts sur la santé, impacts sur l’économie locale, etc. que génèrent les tensions sur les matières premières qui soutiennent la croissance du numérique et qui proviennent de l’autre bout du monde ; ou bien encore celles de pollution engendrée à l’autre bout de la planète par les équipements en fin de vie dont on ne sait plus quoi faire en Europe et dans le monde occidental plus généralement.

Nous vous invitons à la lecture de cette première partie de l’article, à vous en imprégner, venir la commenter sur notre page Facebook ou ici même sur le blog, l’enrichir de vos échanges entre pairs et créer une dynamique positive dont vous êtes chacun nos piliers pour une véritable Transition. 

Dans la partie II, nous verrons en pratique comment prioriser les actions visant à la sobriété en fonction de leur efficacité à l’aune de cet article, et en les classant par typologie : contenu, logiciel et matériel. Les actions prioritaires seront notamment :

  • Celles visant à prolonger la vie des équipements (dont l’impact concentre à lui seul en moyenne 45% de l’empreinte carbone du numérique, peu ou prou ; soit environs 2% de la totalité des GES) : par la maitrise par exemple des mises à jour de nouvelles fonctionnalités jugées cosmétiques et qui n’apportent pas beaucoup de valeur ajoutée ou ralentissent inutilement la performance, précipitant le choix d’un remplacement par un autre nouvel équipement.
  • Celles visant à baisser la pression sur l’offre (le contenu vidéo type Youtube et réseaux sociaux à lui seul est à l’origine d’environs 10% de l’empreinte du numérique, soit 0,5 à 1 % de la totalité des GES) : par une meilleure gestion du contenu généré ou consommé et donc la stabilisation à minima de l’impact de la consommation des réseaux opérateurs et des data centres, espaces de stockages et serveurs nécessaires à l’activité de publicité numérique, sans compter les ressources consommée sur les terminaux (tracking, …).
  • Celles visant à réduire le contenu offensif subi, servant en grande partie à la publicité numérique (dont l’impact est très difficile à estimer mais dont les études récentes le chiffrent en moyenne à 1,5 fois la consommation en énergie de la région Ile de France) : par un meilleur paramétrage et une protection appropriée sur le net de ses données à caractère personnel.

Mettre en place les actions prioritaires permettrait d’agir, comme on peut le constater, sur les 2/3 des facteurs de pollution écologique du numérique. Le reste des mesures permettra à minima de s’inscrire dans un cercle vertueux, de sensibiliser et de prendre ou faire prendre conscience élèves, collègues et entourage de l’ampleur du phénomène et de les amener sur la piste de la réflexion pour agir à leur tour.

Au-travers de cette première partie, nous vous proposions une réflexion ayant pour but de sensibiliser aux usages du numérique au sein de nos établissements scolaires ainsi que de leurs impacts sur l’environnement. Car si le sujet est grand public, qu’il relève de décisions fortes en matière de réglementation et que de plus en plus d’acteurs doivent se saisir du sujet à l’heure où la croissance du secteur numérique ne semble pas prête de s’essouffler ; il est aussi éminemment institutionnel et de fait, en tant que représentants de l’institution garante de l’éducation des jeunes générations, nous en sommes des acteurs à part entière. Il est donc temps de passer de l’ère du numérique énergivore au numérique responsable, de sauter le pas de la sobriété numérique dans nos pratiques.

 Nous vous donnons RDV très prochainement pour la suite dans la partie II !

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