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La biodiversité animale dans notre cour d’école

La biodiversité est une préoccupation que nous devons avoir à l’esprit dans le cadre d’une pédagogie de transition écologique. L’IPBES, l’équivalent du GIEC pour la biodiversité, l’a rappelé dans son rapport sur l’état de la biodiversité dans le monde, en mai 2019.

Ainsi, étudier avec les élèves leur environnement proche, qu’ils connaissent et sur lequel ils ont la possibilité d’agir directement, est une opportunité à ne pas rater pour les sensibiliser à la biodiversité et les amener à créer un lien avec la nature.  Cette étude peut être le prétexte à la mise en place d’un jardin et/ou d’un potager pédagogique au sein de l’école ou à ses abords, ou même à un réaménagement de la cour de récréation. Cependant, même sans tout cela, la cour est un merveilleux lieu de découverte de la faune qui nous entoure.

Les objectifs d’apprentissages pourront être de découvrir la biodiversité animale proche, mais aussi de mieux la connaître pour mieux la respecter et replacer l’humain dans un écosystème dont il n’est qu’un simple maillon. Programme ambitieux, mais maintenant dans la plupart des programmes éducatifs et qui peut d’ailleurs être traité de manière transversale, en mêlant a minima les sciences et l’enseignement moral et civique.

Ce projet peut devenir le fil rouge d’une année scolaire. Cela permettra de donner du sens aux apprentissages et ainsi de motiver les élèves, mais également de créer une émulation et de stimuler la coopération. Pour cela, les élèves doivent être impliqués dans le projet et s’en sentir acteurs. L’idée est donc de les amener à poser eux-mêmes les questions sur lesquelles on voudrait les faire réfléchir : quelle biodiversité dans notre cour ? Et comment l’accueillir ?

Avant toute chose, poser les bases et expliquer les fondamentaux : c’est quoi la biodiversité ? Et à quoi ça sert ? Une fois ces notions acquises, les choses sérieuses pourront commencer : l’étude des petites bêtes de notre cour ! Pour impliquer les élèves encore davantage, des finalités pourront être proposées.

C’est quoi la biodiversité ? À quoi ça sert ?

Pourquoi ne pas attaquer le questionnement, en lecture-compréhension, avec l’étude de « La légende du colibri » ? L’objectif est double :

  • planter le décor de l’année : nous avons tous un rôle à jouer dans la protection de l’environnement et nous devons nous y mettre à corps perdu ;
  • faire germer l’idée que nous avons tous notre place et notre rôle à jouer, même le plus petit d’entre nous. Ne négligeons donc personne, même le plus petit des insectes !

Les élèves sont généralement sensibles à cette légende et la reçoivent positivement.

A la suite, une séquence sur la biodiversité pourra être mise en place pour définir cette notion complexe. Celle proposée par le site de la Fondation La main à la pâte est très riche et très dense.

Elle est l’occasion de découvrir ce qu’est le vivant (en le distinguant du non vivant) ; de classer des êtres vivants selon des critères de ressemblance pour s’apercevoir que cela crée des familles (des espèces, disent les scientifiques), mais que dans chaque famille, chaque individu est différent ; et enfin, de replacer chaque espèce dans son milieu de vie et de conclure que les espèces s’adaptent et interagissent avec leur milieu (un poisson dans la forêt, ça ne fonctionne pas, il ne peut pas respirer…).

Une fois la biodiversité définie par les élèves, il sera temps de poser LA question, celle qui lancera à proprement parler le projet :

« Mais alors, quelle biodiversité pensez-vous qu’on pourrait trouver autour de nous ? ».

Les réponses, probablement nombreuses et larges, nécessiteront de réduire rapidement le champ d’investigation à la cour de l’école et/ou à son jardin et à la biodiversité animale. Écrire les hypothèses sur une affiche  ou dans un cahier de recherche permettra d’y revenir plus tard dans l’année, mais aussi de proposer un bel exercice d’encodage.

Pour confronter leurs hypothèses à la réalité, il sera nécessaire de se rendre dans la cour pour observer ce qu’on y trouve vraiment.

La WWF a publié un guide pédagogique très complet sur la biodiversité dans la cour d’école. Dans ce guide, plusieurs méthodes d’observation sont proposées : le transect, le carré fermé ou l’aire minimale. Ces méthodes pourront évidemment être adaptées à votre établissement, votre classe et/ou vos élèves.

Lors de cette première activité, les élèves commencent déjà à observer que l’état de la biodiversité animale n’est pas identique selon les parties de la cour (une partie close par exemple ou avec plus d’herbe). Les premières hypothèses fusent rapidement : « À mon avis, c’est parce que l’herbe du jardin est moins piétinée que l’herbe de la cour », « Je pense que les petites bêtes aiment se cacher dans l’herbe et quand il n’y en a pas, elles ne peuvent pas se cacher. ». Ces hypothèses pourront alors faire l’objet d’expérimentations, être comparées (notamment sur une même surface et en dehors de l’établissement),  étudiées, confirmées ou infirmées tout au long de l’année.

Les élèves réaliseront les premiers dessins d’observation, schémas ou croquis, selon leur niveau, leurs connaissances scientifiques et les attendus.

En partant de l’étude comparative et du constat dressé, la question de la variété des espèces ainsi que de leurs interactions sera posée.

Pourra ainsi être proposé un travail pédagogique notamment sur la notion de chaîne alimentaire pour laquelle on  trouve de nombreux outils ou supports sur internet : une séquence ici par exemple et une vidéo ici.

Après avoir établi que les chaînes alimentaires reposent sur la diversité des vivants et que la biodiversité est indispensable au maintien de l’équilibre de la nature, revenons sur le rôle de chaque être vivant (rappelant au passage, que nous avons tous, grâce à nos différences, un rôle à jouer, faisant un lien non négligeable avec les valeurs de transition sociale, chères aux Profs en transition).

Connaître et accueillir la biodiversité de notre cour

Plusieurs espèces présentes dans la cour pourront être étudiées durant l’année scolaire, afin d’apprendre à les connaître, de comprendre leur rôle dans leur écosystème et de trouver des moyens de les accueillir. Les espèces et les activités proposées ci-dessous sont des exemples.

Avant toute chose, les élèves observeront les ressemblances entre les différentes espèces du jardin pour mettre en évidence qu’il existe plusieurs familles de vivants, dont celles des insectes, des arachnides, des invertébrés, des oiseaux, des mammifères… Pour cela une séquence sur la classification animale pourra être réalisée (un exemple ici). Encore une belle occasion de rappeler, en le visualisant, que l’humain est une espèce parmi d’autres et qu’il fait partie intégrante du vivant, au même titre que les autres, sans en être supérieur.

Les vers de terre

Le ver de terre joue un rôle fondamental dans la vie des sols. Son déclin est une catastrophe pour leur équilibre. L’étude en classe de ces petits invertébrés est donc particulièrement nécessaire. Leur rôle d’aération, ainsi que leur contribution essentielle à la décomposition des déchets organiques et à l’enrichissement des sols seront mis en avant. Pour cela, et parallèlement à l’étude de la décomposition de la matière et/ou à une séquence sur les déchets, un lombricomposteur pourra être installé en classe, permettant la réalisation d’une expérience pour comparer la dégradation de déchets verts lorsqu’ils sont enfermés dans un bocal (attention aux odeurs à l’ouverture !) et dans un lombricomposteur.

Pour compléter et/ou prolonger ce travail, d’autres activités seront utiles :

Les escargots et les limaces

Souvent considérés comme des nuisibles au jardin, les escargots et les limaces ont pourtant, comme les vers de terre, un rôle important à jouer dans leur écosystème. Pour apprendre à les connaître, le site Vigie Nature école propose une expérience de science participative, réalisable dès la maternelle.

Les oiseaux

Les approches peuvent être multiples. La littérature par exemple, avec le joli roman « Je te sauverai », d’Eric Simard et Vincent Dutrait. Il traite de la catastrophe de l’Erika et des conséquences sur les oiseaux marins.

Cela introduira le questionnement sur les conditions d’existence des oiseaux de notre cour, principalement en hiver et incitera au passage à l’action en les aidant à se nourrir, en fabriquant des mangeoires (des exemples de réalisations ici et ici), voire à les loger grâce à des nichoirs pour le printemps (des exemples de réalisations ici et ici).

On pourra apprendre à les observer et les identifier grâce à des clés de détermination (ici ou ici par exemple) ou par leur chant. De nombreuses activités pédagogiques peuvent alors être mises en place :

  • production d’écrit sous forme de devinettes : “Je pense à un oiseau blanc et noir que l’on trouve souvent au jardin, qui chasse les oiseaux plus petits et qui, d’après la légende, aimeraient les objets brillants. Quel est le nom de cet oiseau ?” ;
  • lexique lié aux parties du corps, aux couleurs, aux différentes espèces d’oiseaux, etc.;
  • définition scientifique d’un oiseau, à partir d’un tri d’images par exemple;
  • réalisation de dessins d’observation, de croquis ou de schémas scientifiques ;
  • comptage des oiseaux observés en numération (en fonction du temps d’observation, cela peut permettre de travailler sur les petits nombres ou sur les plus grands) ; cette observation peut-être faite dans le cadre d’une expérience de science participative ou non ;
  • dessin des chants d’oiseaux (cela permet au passage de les mémoriser pour mieux les reconnaître ensuite)…

Observer les oiseaux offrira également la possibilité aux élèves de développer leur attention et leur capacité à s’émerveiller devant la nature, créant un lien essentiel avec elle pour leur donner l’envie de la protéger et de la défendre.

La LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) peut intervenir pour des animations pédagogiques dans les écoles.

Papillons, abeilles et autres petits bêtes

De nombreuses animations ou expositions sont proposées par les collectivités (agglomérations, communes, départements, …) ou les associations sur le thème des petites bêtes. Elles peuvent être une porte d’entrée intéressantes pour aborder la diversité et le rôle des petites bêtes du jardin.

En connaissant leurs rôles, les élèves comprendront leur nécessité dans le jardin. On se demandera alors comment les faire venir et on s’interrogera sur l’importance d’un environnement favorable à la biodiversité animale, tant dans son installation que dans l’utilisation de produits qui leur sont néfastes. Ces réflexions seront bien évidemment élargies au champ de l’agriculture.

Pour la mise en pratique, les élèves sèmeront des graines mellifères, c’est-à-dire dont le nectar attire les insectes pollinisateurs, et/ou fabriqueront des bombes à graines. Pour récupérer des graines, des plants ou des boutures, tout en enseignant les valeurs de solidarité et d’échange liées à la transition sociale, mais aussi pour contourner les difficultés de financement, un appel aux dons peut être fait aux familles, aux autres écoles ou même aux Profs en transition. En effet, le collectif Profs en transition met en place au printemps un projet de distribution gratuite de graines mellifères.

Une fois invités et attirés par ce nouveau biotope végétal, il sera nécessaire de loger les hôtes. Pour cela des maisons à insectes pourront être fabriquées par les enfants. Précisons ici qu’il est préférable de privilégier les maisons aux hôtels qui abritent plusieurs espèces différentes, dont certaines sont prédatrices des autres. Lors des échanges sur le groupe Profs en transition, plusieurs membres ont alerté sur le fait que les maisons à insectes devaient être construites avec un bois non putréfiable (comme le mélèze ou le chêne par exemple), non traité et suffisamment épais pour être thermiquement isolant (et ne pas cuire les larves sous l’effet de la chaleur). Pour leur fabrication, on peut récupérer des restes de coupes de jardins (publics notamment, ils sont de plus en plus souvent non traités), de fagots de variétés de plantes qui peuvent être adaptées, molles ou creuses : ronces, rosiers, bambous, … On trouve de nombreux modèles de construction sur internet (ici, ici ou ici par exemple).

Comment passer à côté des abeilles et de leurs rôles essentiels quand on parle de faune du jardin ? La rencontre d’un apiculteur et la visite de sa ruche seraient une belle opportunité d’en apprendre plus sur cette superfamille composée de plus de 20 000 espèces différentes. Des documents pédagogiques peuvent également être utilisés pour sensibiliser les élèves à leur protection (ici par exemple).

Un élevage de papillon par exemple pourrait également être envisagé, avec toutes les réserves que cela nécessite.

Pour la transversalité pédagogiquement riche et nécessaire à l’école élémentaire, la lecture du roman « Le petit réparateur d’insectes » de Nastasia Rugani est un très bon support pour compléter l’étude des petites bêtes du jardin.

En arts plastiques, des « petites bêtes » en récupération décoreront agréablement le jardin et la cour, en rappelant à tous les élèves le rôles de ces petites bêtes, mais également en valorisant le travail réalisé (des idées ici ou ici par exemple).

La faune du compost

La mise en place d’un compost est un incontournable du jardin des Profs en transition. Il sera évidemment l’occasion d’observer sa faune et d’en comprendre le rôle.

Correspondre avec un agriculteur serait une belle opportunité de mettre du sens à tout ce travail  (via ce site). Cela sera l’occasion d’en apprendre davantage sur la vie des sols et d’éclairer de quelques éléments intéressants sur ces petites bêtes que nous rencontrons et sur leurs rôles en agronomie, mais également d’interroger l’agriculture, son rôle et sa place dans la protection de l’environnement et de la santé.

Si avec tout cela, il reste encore un petit peu de temps, à un moment dans l’année, s’emparer de la méthodologie  « Bâtisseur des possibles » permettra de faire prendre conscience aux enfants qu’ils ont le pouvoir d’agir à leur échelle et de faire leur part.

Finalisation et communication

Une inauguration officielle du jardin donnerait lieu à la présentation du travail des élèves, sous forme d’une exposition, voire même d’un spectacle de chorale (la playlist des Profs en transition regorge de chansons en lien avec la biodiversité : « La vie c’est comme un jardin » et « Mille milliards d’insectes » des Enfantastiques, « les Ani-mots » d’Aldebert, par exemple).

En fin d’année, une nouvelle observation comparative donnera la possibilité d’observer si la faune de la cour d’école est plus diversifiée qu’en début d’année (cela devrait être le cas, quoi qu’il arrive, vu que la première observation a eu lieu en octobre et la seconde aura lieu à la fin du printemps, cette donnée permettra d’expliciter le rôle des saisons et ses liens avec nos relevés).

Enfin, réaliser un répertoire ou un livre documentaire de la biodiversité animale de la cour permettra aux élèves de s’approprier et de mieux mémoriser tout le travail de l’année. Pour cela, à chaque animal rencontré, une fiche d’identité avec les informations que les élèves auront pu récolter sera remplie : nom, famille, régime alimentaire, rôle dans le jardin et prédateurs, ainsi qu’un dessin d’observation et une photographie si cela est possible.

En prolongement, proposer des sorties nature tout au long de l’année donnera l’occasion de comparer la faune d’une cour d’école et celle d’un autre milieu (une forêt par exemple).

Ce projet “biodiversité animale de notre cour » devrait permettre aux élèves d’acquérir solidement de nombreuses compétences en lien avec les programmes scolaires, mais également de prendre conscience durablement de la nécessité de préserver la biodiversité de notre jolie planète. Il est en effet de notre devoir de transmettre cet émerveillement et ce respect à nos élèves ; de leur donner une conscience des enjeux et de les rendre acteurs de ce changement. Venez en parler avec nous sur le groupe Profs en transition.

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